Portrait d'éditeur
Les Cahiers de l'Égaré ont vingt-cinq ans
lectures, écritures libres, librairie d'éditeur, exposition
avec
Philippe Chuyen, Gilles Desnots, Jean-Claude Grosse
Roger Lombardot, Jean Reboul
1er juin 2013, 14h30-19h00
Bibliothèque de théâtre Armand Gatti
5, place Martel Esprit La Seyne-sur-Mer
La Seyne-sur-Mer 04 94 28 50 30
La maison d'édition varoise Les Cahiers de l'Égaré fête ses vingt-cinq ans à la bibliothèque de théâtre Armand Gatti. Installée depuis 1988 au Revest-les-eaux, elle a publié à ce jour cent quarante ouvrages : de la poésie, des nouvelles, des essais ( "Lumière sur lumière ou l'islam créateur" de Salah Stétié, "Le Bonheur" d'Emmanuelle Arsan , "De l'amour" de Marcel Conche...), des romans, des photos de Bernard Plossu sur l'île de Port-Cros... ET surtout du théâtre.
Avec soixante-treize livres de théâtre à son actif (pièces, essais), Jean-Claude Grosse, directeur-fondateur des Cahiers de l'Égaré, est incontestablement le premier éditeur varois de théâtre et l'un des trop rares en France à promouvoir une collection de ce genre.
Si on excepte "Toulon 42" de Jean-Richard Bloch, " L’Île des Esclaves" de Marivaux dans une adaptation de Dominique Lardenois, son catalogue est exclusivement contemporain. De Claude Ber à Catherine Zambon, on trouve parmi la cinquantaine d'auteur(e)s édité(e)s les noms de Gilles Cailleau,
Françoise du Chaxel, Claudine Galea, Perrine Griselin, Denis Guénoun, Jean Jourdheuil, Mohamed Kacimi, Roger Lombardot, Christophe Pellet, Jean-Yves Picq... Occasion en ce vingt-cinquième anniversaire de saluer la constance de la démarche, de se questionner sur sa pérennité et de faire la fête avec les auteurs.
- 14H30 - 15H - Inauguration de "Les Cahiers de l'Égaré ont vingt-cinq ans", exposition présentant l'ensemble des livres de théâtre édités depuis 1988. Vingt-cinq pages accompagnent les visiteurs avec de courts extraits de vingt-cinq auteurs : Philippe Vincenot, Paul Fructus, Claude Ber, Claudine Galea, Emmanuel Loi, Denis Guénoun, Sylvie di Roma, Cyril Grosse, Jean-Yves Picq, Jorge Goldenberg, Michel Simonot, Michel Péroni-Jacques Roux, Benito Pelegrin, Georges Lauris, Perrine Griselin, Estelle Lépine, Jean-Claude Grosse, Gérard Lépinois, Jean-Richard Bloch, Elsa Solal, Natalie Rafal, Gilles Desnots, Gilles Cailleau, Roger Lombardot, Bagheera Poulin.
Visible jusqu'au 12 juillet 2013. Horaires d'ouverture: du mardi au vendredi 14h30-18h30.
- 15H - 15H30, dialogue entre l'éditeur et le directeur de la BAG : retour sur l'aventure des Cahiers de l'Égaré (1988-2013)
- 15H 30 - 16H, lecture d'extraits de textes de Philippe Vincenot, Claude Ber, Denis Guénoun, Jean-Yves Picq, premiers auteurs publiés
- 16H - 16H20, lecture d'un extrait de Les Pieds tanqués par Philippe Chuyen, un des derniers titres parus.
Écrit en partie en résidence à la BAG, Les Pieds tanqués, écrit et mise en scène par Philippe Chuyen, a obtenu en 2012 le prix du meilleur spectacle du festival d'Avignon off.
- 16H20 - 16H50, lecture de T'es qui toi ? T'es d'où ?, inédit, par Gilles Desnots.
Le texte sera créé cet été à Avignon par la compagnie Un mot, une voix. Gilles Desnots a publié Baladintime, Temps de Loups, Faisceaux sous bois acide.
- pause jusqu'à 17H15
- 17H15 - 17H45, lecture de Le Souffle et le Docteur par Jean Reboul, dernier titre paru.
Cette adaptation pour pupitre est née de l'expérience de l'auteur, psychanalyste et gynécologue.
- 17H45 - 18H30, lecture de Homo Botticelli, inédit, par Roger Lombardot.
Roger Lombardot est notamment l'auteur d'un cycle de dix pièces pour acteur/actrice unique regroupées dans un recueil Le Cycle de la Rose (Requiem-Shéhérazade - Lettre à l'enfant - Une vie -La Rose -Sarah -Discours d'investiture de la présidente des États-Unis -Fa'a'amu - 68 mon amour- La vie sublime).
- 18H30 - 19H, lecture de Moi, l'élu de Say Salé, inédit, par Jean-Claude Grosse.
Directeur des Cahiers de l'Égaré, J-C Grosse a publié notamment quatre pièces (L'île des mouettes, La Vie en jeu, La lutte des places -Le libre jeu) et un essai (De l'impasse à la traverse).
- 19H - 19H30, en hommage à Marilyn Monroe, née un 1er juin, lecture de C'est tout petit l'Amérique de Gilles Cailleau, Poupoupidou de Gilles Desnots tirés de Marilyn après tout livre collectif à trente-six auteurs de théâtre.
- 19H30, pot de l'amitié.
- pendant l'après-midi, écritures libres par ceux qui le souhaitent sur Le Grand Cahier de l'Égaré
- les auteurs présents signeront leurs livres
- une librairie de l'éditeur permettra de se procurer les derniers exemplaires de certains titres à prix réduits.
Vendredi 3 mai 2013, 19h30, lecture en place publique
Philippe Gauthier lit sa pièce
Balle(s) perdue(s)?, L'école des loisirs, 2011
Bibliothèque de théâtre Armand Gatti
5, place Martel Esprit, La Seyne-sur-Mer
04 94 28 50 30
Après la catastrophe, les survivants, un groupe d'enfants et d'adolescents, se sont refugiés dans un ancien café où ils passent leur temps en faisant des parties de Baby-foot imaginaires. Pour survivre, ils vont se ravitailler dans une décharge, où les habitants du village, protégés par une muraille et un mirador, abandonnent leurs ordures. Balle(s) perdue(s)? nous amène aujourd'hui sur un territoire, jamais nommé, divisé en deux parties inégales qui se font face. Un épisode de deux jours dans un conflit qui s'éternise, où les positions sont figées : ceux qui sont en haut et ceux qui sont en bas. Usant du flash-back, Philippe Gauthier fait succéder les points de vue, alterner cinématographiquement champ/contre champ, plongée et contre-plongée. En 2013, pour sa pièce Balle(s) perdue(s)?, Philippe Gauthier est le lauréat du Xème prix de la pièce de théâtre contemporain pour le jeune public, décerné par des collégiens de 3ème et des lycéens de Seconde. Précédemment, en 2010, il avait été élu par les écoliers de Cm2 et les collégiens de 6ème pour sa pièce Chant de mines, éditée elle aussi par L'école des loisirs. En seulement trois pièces publiées (la première a pour titre La jeune fille et le pendu, 2008) Philippe Gauthier a réussi à faire reconnaître son univers particulier : "toutes trois, d'un humour multicolore et sur des images fortes, renvoient au visage du lecteur la violence du monde actuel, dans une langue orale parfois provocatrice dans sa crudité..." écrit Marie Bernanoce dans son "Répertoire critique du théâtre contemporain pour la jeunesse" (Théâtrales, 2012). Lors de sa venue dans le Var, Philippe Gauthier se rendra dans les établissements scolaires pour rencontrer les élèves qui l'ont choisi; il dirigera à la bibliothèque de théâtre Armand Gatti un atelier d'écriture dans le cadre d'une journée de stage de formation aux écritures théâtrales pour la jeunesse, destiné aux enseignants.
Extrait de "Balle(s) perdue(s)?"
Joe: Allô! C'est Joe! ... On a un début d'émeute là!... Oui ! Ils nous caillassent ! ...
Kévin va vers l'armoire. Prend la Faucheuse. Enclenche la ceinture de cartouches. S'approche de la fenêtre.
Joe, à Kévin : NON !
Trop tard. Kévin fait feu sur les gamins. Juste une rafale. Joe laisse tomber le téléphone. S'approche de la vitre pour constater les dégâts.
Joe : Qu'est-ce que t'as foutu ?
Kévin: Ben quoi ? Ils nous attaquaient. J'ai fait mon taf. C'est tout.
Joe : Et merde.
Résidence d'écriture arts de la rue & cirque
du 30 mars au 13 avril 2013
Risque (Louise, les mauvais jours finiront)
par la compagnie SMASH THÉÂTRE
Vendredi 12 avril 2013, 19h30
rencontre avec Émily Barbelin (auteure) & Benjamin Porcedda (chanteur)
Bibliothèque de théâtre Armand Gatti
5, place Martel Esprit, La Seyne-sur-Mer
04 94 28 50 30
Du 30 mars au 13 avril 2013, pendant qu'une équipe de techniciens se penche sur la construction de prototypes de mannequins, avant de passer aux répétitions et à la composition musicale, une partie de la compagnie Smash Théâtre (Bordeaux) vient finaliser une première écriture de son nouveau spectacle Risque (Louise, les mauvais jours finiront).
Une jeune femme est en l'air sur un trapèze. En dessous d'elle, une armée de mannequins qui dirigent leurs regards inconscients vers elle, la vivante. Elle joue avec la vie, risque chaque minute de devenir comme eux. Dans l'image de cette foule se lit leur passé. Ces figures sans mouvement racontent qui ils étaient, comment leurs vies étaient pleines de souffrances, de peurs et d'amours. Maintenant ils ne sont plus rien.
«Dans l'art la vie ne peut être exprimée qu'à travers l'absence, à travers la référence à la mort, à l'apparence et au vide du message» disait Tadeusz Kantor.
INCIPIT Louise, les mauvais jours finiront (12-04-2013)
Louise, une femme de trente ans.
Les autres, qui sont venus pour elle, trois hommes et deux femmes, des musiciens.
Au fond de l'espace scénique se trouve une porte à deux battants .Il y a juste la porte, aucun mur. Les comédiens et musiciens sont visibles avant le jeu.C'est par la porte qu'ils feront leurs entrées et sorties, toujours visibles.Une grande table est dressée, avec beaucoup d'objets et d'alcool. Il devait y avoir une fête, un mariage, ça se voit à leurs habits. Pourtant l'ambiance n'est pas gaie. Personne ne parle, tout le monde regarde vers la mariée, impassible. Elle a son téléphone dans la main. Elle n'arrête pas d'appeler et de tomber sur un répondeur.Quelqu'un autour de la table finit par prendre la parole.
- Peut être que ça te ferait du bien d'en parler.
- Moi je pense que ça lui ferait du bien d'en parler.
- Moi aussi.
- Moi aussi.
- Moi aussi.
Silence.
- Ça fait des heures qu'on est là comme ça à attendre.
- À attendre quoi?
- Il est parti. Il est parti.
- C'est cliché de partir le jour de son mariage.
- C'est cliché de se marier, simplement.
Lundi 8 avril 2013, 19h30, rencontre-lecture,
avec Catherine ZAMBON
autour de "Mon frère, ma princesse" (L'école des loisirs, 2012)
Bibliothèque de théâtre Armand Gatti
5, place Martel Esprit, La Seyne-sur-Mer
04 94 28 50 30
Avec plus de vingt-cinq pièces publiées, Catherine Zambon n'est pas une inconnue. Ceux qui étaient présents à la fondation de la bibliothèque de théâtre Armand Gatti se souviendront qu'elle faisait partie des auteurs invités. En l'accueillant au côté d'Armand Gatti, l'équipe de la bibliothèque tenait à montrer l'importance qu'elle accordait au théâtre pour le jeune public et à une de ses représentantes. On était en octobre 2000. Après Eismitte Le milieu des glaces, sa première pièce (Lansman, 1994), Catherine Zambon venait de publier coup sur coup, à L'école des loisirs, six pièces pour la jeunesse. On n'a pas oublié Sissi pieds-jaunes (1998), rencontre d'un petit garçon dyslexique et d'une petite fille sourde et muette, ni L'Oca (1999), histoire d'un cordonnier qui, avec son amie, une oie aux ailes brisées veut rejoindre son Italie natale.
En 2002, Catherine Zambon acceptait que sa pièce Les badauds soit publiée dans Rêver le monde, un recueil de quatre pièces pour la jeunesse, co-édité par la Bibliothèque Armand Gatti et Les Cahiers de l'Égaré.
Depuis, toujours attentive à l'évolution de la société et de ses moeurs, elle a continué à donner au théâtre des personnages singuliers, comme Mamata, l'adolescente africaine héroïne de Kaïna -Marseille (Actes Sud Junior, 2007) ou comme Alyan et sa soeur Nina, deux des enfants de Mon frère, ma princesse, pièce lauréate du Xème prix de la pièce de théâtre pour le jeune public.
Parallèlement, elle a publié chez La Fontaine, Les inavouables (2006), Les Z'habitants (2009). Récemment elle vient de terminer Les Agricoles, pièce-reportage qui se déroule en milieu rural, renouant ainsi avec son enfance en bord de Saône.
http://www.catherinezambon.com/
Résidence d'écriture arts de la rue
du 18 mars au 27 mars 2013
R(ev)ue de presse #2
par Agence Monik LéZart
Tests publics sur le marché de la Seyne-sur-Mer
les 20-23-27 mars, 11h11
La résidence à La Seyne-sur-Mer de Monik LéZart est la deuxième étape de construction de son projet de "press’tacle", intitulé R(ev)ue de presse. En proposant au public une forme adaptable au flux de l’actualité, Monik LéZart poursuit sa recherche d’une « histoire en train de se construire » .
Le travail sur l’histoire étant dépendant du lieu dans lequel elle se joue, Monik n’avait jusqu’alors produit que des créations in-situ. Cette fois-ci, parce qu’elle souhaite interroger le présent (ce passé en construction), Monik choisit une forme bien établie et reproductible n’importe où: ici la partie textuelle sera chaque fois mise à jour, re-brassée dans tous les sens. Un trio d’acteurs se partagera l’actualité mondiale, nationale et régionale, brassera les contenus afin d’en tirer des fils communs, des analogies poétiques et improbables entre le micro-évènement local et le scoop mondial. Ainsi le public percevra l’écho de l’actualité de sa ville dans le brouhaha mondial d’une actualité débridée.
Pour interroger nos capacités à nous tenir informés, Monik LéZart a fait le choix, pas anodin, de travailler avec le support papier d’une presse écrite. De par sa persistance éphémère, le support d’info papier (journal ou affiche) représente encore le maillon entre un présent en train de se jouer et un passé en train de se fixer. Les supports numériques, en remplaçant progressivement le papier et en prétendant offrir une mise à jour constante, dérobent à notre regard ce petit délai indispensable à la réflexion; comme notre temps de consultation est de plus en plus sollicité, devient de plus en plus étroit, ce que nous gagnons dans l’instantané, nous le perdons pour notre temps d’analyse et donc notre connaissance...
Au cours de la résidence, trois mini-sorties de chantier seront données sur le marché de La Seyne les 20, 23 et 27 mars à 11h11.
Jeudi 7 mars 2013, 19h30 : rencontre - lecture
la compagnie Un mot, une voix
lit
T'es qui toi ? T'es d'où ?
de Gilles DESNOTS
en présence de l'auteur
Bibliothèque de théâtre Armand Gatti
5, place Martel Esprit, La Seyne-sur-Mer
04 94 28 50 30
Après Sylvie Combe, Laurence Huet, la compagnie Un mot, une voix a proposé à un autre auteur vivant en région d'écrire pour sa prochaine création théâtrale.
Basé dans le Var, Gilles Desnots écrit depuis plusieurs années pour le théâtre. Il a publié notamment Baladintime, Les Cahiers de l’Égaré, 2012 - Noir de grotte, cf Grotte Chauvet-Pont d’Arc 33 000 ans / 33 000 mots, Revue des Deux Mondes, hors série, 2011 - Temps de loups, Les Cahiers de l’Égaré, 2007 - Faisceaux sous bois acide, Les Cahiers de l’Égaré, 2005.
T’es qui toi ? T’es d’où ? de Gilles Desnots débute dans le parc du château de Versailles. Regardant le bassin d'Encelade, Tékitoi Tédou,
personnage principal de ce poème dramatique, se heurte à la question lancinante des identités qui font le quotidien de son vécu. Il entre alors dans un voyage intérieur où se télescopent souvenirs d’enfance, mythologies, scènes de vie...
Extrait de T’es qui toi ? T’es d’où ?
elle était là
les a vus arriver
nomades des steppes orientales
nomades des cuvettes sahariennes
nomades des humides forêts du septentrion
hommes et femmes de la terre rouge portant ses craquelures sur leurs visages
autres anguleux du désert poussés par la dune
et les harnachés de peaux luisant des épreuves de l'hiver
nomades poussés par la faim la peur la conquête le désir la curiosité
ils arrivent à la Méditerranée
et là ne savent plus quoi faire
grand mouvement séculaire qui soudain s'arrête au bord d'un oeil
qu'ils regardent et qui les regarde en retour
(...)
Moi je me tais je te regarde
et dans tes yeux je nage
et je nage et je nage encore dans une eau bleue et familière
où mon corps épris de la mer y rencontre tout ce passé-là
c'est l'écho qui s'attache
de dix mille langues
et des soupirs des naufragés
je sais désormais que mes douleurs sont la mémoire
du bubon d'une peste sous l'aisselle
d'une jambe fauchée par un boulet
la chaîne du forçat sur la cheville
la morsure du chien de police
et le feu du baiser de la mer
dans cette eau où partout flotte un parfum de café
fumant aux terrasses
Résidence d'écriture arts de la rue
du 25 février au 2 mars 2013
Les Barbues ou de l'insatisfaction politique
par la compagnie LA DÉFERLANTE
Vendredi 1er mars, 19h30
rencontre avec Sylvia Bagli (auteure) & Thomas Tessier (metteur en rue)
5, place Martel Esprit,
La Seyne-sur-Mer (04 94 28 50 30)
Du 25 février au 2 mars 2013, la compagnie La Déferlante vient finaliser l'écriture de son prochain spectacle de rue. Les Barbues ou de l’insatisfaction politique est une facétie contemporaine et sexuée, très très librement inspirée de Lysistrata et de L'Assemblée des femmes d'Aristophane. C’est la collision brutale et explosive de quatre histoires de femmes. "Le détonateur c’est un homme, André, un pauvre bougre. Son rêve c’est le théâtre, alors il fait du théâtre par le peuple pour le peuple ! Ses comédiens, ce sont les spectateurs, sa scène c’est la rue. Il s’est fait virer d’un bar à moitié à poil et grimé en greluche. Tout seul dans la rue, perché sur des talons hauts, en nuisette, il veut jouer Aristophane, il veut tâter du classique et éduquer le public. C’est terriblement moderne Aristophane, et puis les femmes c’est à la mode. Et le public est ici devant lui, il va y piocher ses comédiennes. Alors, va commencer l’improbable errance d’une Cendrillon dépressive et amoureuse, d’une ménagère moins docile qu’on ne le pense, d’une patronne de bar ex-prostituée et grande gueule, d’une vraie fausse spectatrice divorcée enceinte et mère de trois enfants... Et toutes ces femmes, au nom desquelles André pensait prendre la parole, vont lui voler son spectacle. Elles vont s’approprier Aristophane, en faire de la chair à pâté, et se révolter contre la domination masculine d’une société cupide. Elles vont inventer enfin leurs propres histoires, créant un indomptable chaos..." Rencontre avec Sylvia Bagli, auteure du texte et Thomas Tessier, metteur en rue. Lecture d'extraits du texte mais aussi "causerie" sur l'émancipation des femmes au XXIème siècle.
Extrait de Les Barbues
Irène : Apportons un cheval blanc, coupons-lui les entrailles, arrachons-lui le cœur, suçons-lui le foie et buvons de son sang !
Bijou : Tu dérailles ?
Claudie : Ça fera plus solennel !
I Irène : Oui, on va faire un croix de bois, croix de fer !
I Irène : On va prêter un serment d’abstinence !
Claudie : C’est ça, faisons la grève du sexe !
I Irène : Voilà la solution !
Bijou : Vous savez ce que ça veut dire pute de chantier ? Ca veut dire menottée à un lit en fer avec 40, 50 ou 60 mecs en file indienne qui vous passent dessus, hein… La grève du sexe ? Vous y croyez à cette connerie ? Tiens, Maryam, Lova l’Africaine, un cul à tomber par terre, elle croyait qu’en France elle allait s’en sortir et bien elle est toujours sur le trottoir, ça fait quinze ans, quinze ans pour rembourser des papiers. Ça prend du temps ! Vous croyez qu’elle va la faire la grève du sexe, Lova ? Et les gonzesses qu’on chope au détour d’une cité, hop une p’tite tournante. Elles vont la faire la grève du sexe ? C’est comme à la télé, celles qu’on brûle avec les cadavres de leurs maris, et ces gamines qu’on viole à tour de bite pour… comment on dit déjà ? La purification ethnique. Ou celles à qui on coud la bouche au fil de fer …C’est ça qu’on fait aux grandes gueules. Celles à qui ont dit : « non, non, non, il ne te viole pas ! C’est ton mari ! Pense à dieu, laisse-toi faire » ou encore celles qui se font écrabouiller à coup de caillasses… Vous croyez qu’elles vont la faire la grève du sexe ? Et tous ces imams, ces curés, ces rabbins, qui nous disent ce qu’on a le droit de faire, ou pas, avec notre corps, et ces gros cons de nantis qui viennent te faire la morale. Ils te demandent de faire des économies, mais eux, ils baisent des putes dans des bains de champagne…
La grève du sexe. Il faut avoir du fric pour y penser.
Vendredi 1er février 2013, 19h30:
MATÉI VISNIEC
lit des extraits de son recueil de pièces courtes
Lettres d'amour à une princesse chinoise (Actes Sud-Papiers, 2012)
et de son roman
Syndrome de panique dans la Ville lumière, traduit du roumain par Nicolas Cavaillès (Non Lieu, 2012)
Bibliothèque de théâtre Armand Gatti
5, place Martel Esprit, La Seyne-sur-Mer
04 94 28 50 30
Né en 1956, à Radauti, Matei Visniec a ses racines en Roumanie et les ailes en France, selon sa propre expression. Il est le plus célèbre des dramaturges roumains vivants. Ses pièces portent des titres coup de poing et restent aisément dans les mémoires avant de toucher le coeur et l'esprit par leur contenu décapant et tonifiant. Le mot progrès dans la bouche de ma mère sonnait terriblement faux, L'Histoire du communisme racontée aux malades mentaux, ou Du sexe de la Femme comme champ de bataille dans la guerre de Bosnie n'en sont que quelques exemples. Si sa poésie est publiée dans son pays natal, ses pièces sont interdites de création pendant des années. En 1987, il demande asile politique à la France. Il choisit la langue française et se consacre à l'écriture dramatique. Il est aussi journaliste à RFI. Une trentaine de ses pièces écrites en français sont éditées. Il est l'un des auteurs les plus joués au Festival d'Avignon (off). En Roumanie, depuis la chute du communisme, Matéi Visniec est devenu l'auteur dramatique vivant le plus joué. En 2010, les lecteurs français découvraient avec La ville d'un seul habitant (Lansman), l'auteur de poèmes. En 2012, ils découvrent avec Syndrome de panique dans la Ville Lumière (Non Lieu) l'auteur de romans. La même année, paraît chez Actes Sud-Papiers un nouveau recueil de pièces courtes, Lettres d'amour à une princesse chinoise.
Bibliographie choisie
De la sensation d'élasticité lorsqu' on marche sur les cadavres, Lansman, 2010
Richard III n'aura pas lieu ou scènes de la vie de Meyerhold, Lansman, 2005
Attention aux vieilles dames rongées par la solitude, Lansman, 2004.
Du pain plein les poches et autres pièces courtes, Actes Sud-Papiers, 2004.
Petit boulot pour vieux clown, suivi de : L'Histoire des ours pandas racontée par un saxophoniste qui a une petite amie à Francfort, Actes Sud -Papiers, 1998.
Théâtre décomposé ou l'homme poubelle, L'Harmattan, 1996
Extrait de Syndrome de panique dans la Ville lumière
- Vous les Roumains, vous êtes prisonniers de Cioran, d'Ionesco et d'Eliade, me disait monsieur Cambreleng de temps à autre.
Chaque écrivain roumain qui vient à Paris a automatiquement à l'esprit, de manière presque innée, ce modèle... le modèle de réussite de ces trois-là. Si bien que, viscéralement, vous voulez devenir un Ionesco, un Cioran, un Eliade. Vous les Roumains, vous êtes incapables de sortir du modèle de réussite de ces trois-là. Bien sûr, il y a aussi Brancusi, mais Brancusi c'est un sculpteur, et vous, ce qui vous intéresse, ce sont les mots. Eh, vous êtes bien bizarres, vous autres, les latins des Balkans. D'un côté vous êtes complexés de n'avoir donné à la culture mondiale que trois noms, de l'autre ces trois noms vous paralysent parce qu'ils sont indépassables...
Vendredi 25 janvier 2013, 19h30 : rencontre - lecture
EDDY PALLARO
lit des extraits de ses deux dernières pièces
Intimités - De cristal (Actes Sud-Papiers, 2012)
Bibliothèque de théâtre Armand Gatti
5, place Martel Esprit, La Seyne-sur-Mer
04 94 28 50 30
Né à Cognac en 1971, Eddy Pallaro est un auteur de théâtre, rare et surprenant. Entre 2003 et 2008, six de ses pièces sont publiées. Les deux premières paraissent chez la disparue et regrettée maison d'édition Crater: Les petites bêtes du bon Dieu (2003) est un monologue où le protagoniste montre son intérêt pour les lombrics et autres vers; dans Hany Ramsy (2004), histoire d'un joueur de football africain recruté et transféré en Allemagne, Pallaro pratique le contre-pied, goût qu'il confirmera dans Les origines (2004), courte pièce sur Jean Jaurès, le fondateur du journal "L'Humanité". Si les trois personnages de Cent-vingt-trois (2008), tournent en rond, sans mémoire et sans réponses dans un univers tout aussi absurde que celui du Mur (2007), il en va différemment pour Dans le bien être de mon être...(Lansman, 2008), tableau d'une famille en crise, marquée par la disparition mystérieuse du grand-père dans les chutes de Niagara.
En 2012, Eddy Pallaro revient avec trois nouvelles pièces, publiées chez Actes Sud-Papiers. Début d'une nouvelle période ? Dans Intimités, une femme se rend chez un homme qui fait du théâtre avec elle dans un groupe d'amateurs, pour le convaincre de revenir. Depuis trois semaines, il ne vient plus aux cours, compromettant le spectacle qui est travaillé. Pour quelle raison ? Dans De cristal, un violent séisme a touché la ville où réside Akira, ainsi que le Nord du Japon, entraînant un risque de catastrophe nucléaire. Depuis le jeune garçon développe une étrange maladie...Tout comme Le rêve d'Anna, sélectionné pour le Xème prix de la pièce de théâtre contemporain pour le jeune public, Intimités et De cristal sont des oeuvres "ouvertes"... à découvrir.
Extrait
de De cristal
Le père d'Akira. Il m'a demandé s'il pouvait regarder la télévision. Je lui ai dit que non. Il m'a demandé si un raz de marée de cette ampleur pouvait arriver ici. Je lui ai dit que non, que c'était lié à des lieux et à des circonstances bien précis ; et qu'en même temps, personne n'était à l'abri de rien, vraiment; mais qu'on mettait tout en oeuvre pour éviter ce type d'accident. Il m'a regardé un long temps, puis il a demandé plein de détails techniques auxquels je n'ai su répondre. Il a envie de comprendre. Ça lui fait peur. Ça nous échappe, alors il cherche des solutions. Je lui ai montré des images de la vague sur l'ordinateur. J'ai préféré lui montrer sur l'ordinateur plutôt qu'à la télévision. Il n' a montré aucune émotion. Il est resté impassible devant l'écran, presque froid. Il m'a demandé de lui repasser les images. Je n'ai pas voulu. Je ne veux pas qu'il s'habitue. J'ai préféré lui montrer des images parce que avec son imagination... La réalité, même si elle est terrible, a ses limites, alors que l' imagination...Il y a une fonction sur l'ordinateur où on voit la centrale nucléaire avant et après l'accident. En bougeant la souris sur l'écran, 'image petit à petit se transforme et fait voir les dégâts. C'est très impressionnant. Et c'est ludique en même temps. C'est étrange non ? À l'école ils ont organisé une collecte pour récupérer des jouets et des vêtements. Je regarderai avec lui si je trouve quelque chose. Il m'a demandé aussi s'il pouvait écrire aux gens. Je lui ai dit qu'il le propose à sa classe demain. C'est trop lourd sinon.
La mère d'Akira. Il dort ?
Le père d'Akira. Oui. il dort.
Vendredi 14 décembre, 19h30 : lecture
Alexis RAGOUGNEAU
lit
L'HÉRITAGE
Bibliothèque de théâtre Armand Gatti
5, place Martel Esprit, La Seyne-sur-Mer
Depuis le 14 octobre 2012, Alexis Ragougneau est en résidence d'écriture à La Seyne-sur-Mer. Durant ces deux mois, il aura découvert une ville, une agglomération, de nouveaux paysages. Il aura rencontré des lycéens, animé un stage d'écriture théâtrale, participé à des Palabres... Une de ses pièces, L'abbaye, aura été publiée chez La Fontaine. Pendant ces deux derniers mois, il aura aussi écrit une nouvelle pièce, qu'il lit pour la première fois, L'Héritage. À la mort de son père, le jeune Jean-François Canonnier reprend la direction de l’entreprise familiale, devenue en l’espace de cinq générations l’un des leaders mondiaux du verre industriel. Très vite, il découvre que les comptes ont été maquillés et que la multinationale est au bord de la faillite. Pire, ce mensonge comptable en cache d’autres : le développement de l’entreprise repose sur un passé trouble, monstrueux, totalement incompatible avec le slogan des Verreries Canonnier : « en toute transparence »…
Extrait :
ELSA. – Qu’a-t-il de si terrible, ton héritage ? En quoi est-il si sale que tu refuses de le transmettre à qui que ce soit?
JEAN-FRANÇOIS. – Tu veux vraiment savoir qui est Jean-François Canonnier ? Tu veux savoir d’où il vient, son histoire, son sang, le patrimoine qu’il porte en lui ? Tu veux vraiment savoir ce qui s’est passé ?... Viens, je t’amène voir ma famille.
ELSA. – Qu’est-ce que tu dis ?
JEAN-FRANÇOIS. – Je veux te présenter mon oncle, je veux te présenter ma mère. Par-dessus tout je veux que tu fasses la connaissance de la momie…
Mardi 4 décembre, 19h30 : lecture
Georges Perpes
lit
La mort n'est que la mort si l'amour lui survit. Histoire d'Orphée
de Jean-Pierre Siméon (Les Solitaires intempestifs, 2011)
Bibliothèque de théâtre Armand Gatti
5, place Martel Esprit, La Seyne-sur-Mer
Sur réservation, par courriel ou téléphone.
Le 24 janvier 2012, Jean-Pierre Siméon nous faisait l'honneur et le plaisir de commencer l'année avec une lecture d'extraits de ses pièces: Témoins à charge, Le Testament de Vanda, occasion de réaffirmer "les liens consanguins" entre théâtre et poésie, et qu' "au théâtre c'est la langue qui doit faire spectacle, principalement."
Comme l'indique le sous-titre, La mort n'est que la mort si l'amour lui survit raconte l'histoire, une des plus belles de la mythologie grecque, celle d'Orphée.
Les opéras de Monteverdi et Gluck, les films de Cocteau, Marcel Carné, les pièces d'Anouih, Olivier Py ont rendu célèbre l'amour du fils de la muse Calliope pour Eurydice, ont retracé sa descente aux Enfers.
Fidèle à la légende, Siméon évoque aussi d'autres facettes du personnage : voyageur, joueur de lyre, magicien, enchanteur, initiateur aux mystères. Siméon rappelle également, anecdote chère aux fondateurs d'Orphéon, que même assassiné, décapité, "la tête du poète chantait chantait encore ", chantait toujours. "Le poète est mort pas son chant".
Extrait
C'est le secret d'Orphée oui tout est là
ce savoir enfantin de la nuit
il a vu il a senti il a compris l'obscur
l'obscur que l'oiseau porte sous son aile
qui nourrit la racine de l'olivier
que l'homme porte dans son sang
et qui lui donne sa soif de baisers
Orphée l'enfant du soleil
a traversé l'enfance à pieds nus
à pieds nus l'aube et la nuit
à pieds nus le sable et l'ortie
toute science lui est venue par les pieds
et c'est alors qu'il a chanté
quand tout fut en lui
quand tout fut devenu en lui
chair sang peau regard souffle
c'est alors que le chant lui est venu
et moi j'ai entendu son chant
c'était prodige je vous dis
ce n'était pas le chant que chante
l'ordinaire des hommes pas
cette ruse du poumon et de gorge
ce remuement de langue et de lèvres
ce labeur du souffle non
qui extrait le chant du corps
ce chant lui venait comme
le feuillage aux branches
comme la chaleur naît de la flamme
comme la fraîcheur vient au soir
Samedi 13 octobre 2012, 17h -20h30
13 ème Fête du livre et des auteurs de théâtre
Théâtre et histoire ou le présent recomposé
avec
Lucile Bordes - Georges Perpes - Alexis Ragougneau - Jean-Pierre Thiercelin
Théâtre Guillaume Apollinaire, avenue du Dr Mazen,
La Seyne-sur-Mer (Var) - entrée libre

Lucile Bordes Georges Perpes Alexis Ragougneau Jean-Pierre Thiercelin
L'édition théâtrale et l'Algérie (1954-1962)
par Georges Perpes.
Coïncidant avec la mise en ligne sur le site d'Orphéon d'un diaporama montrant chronologiquement la première de couverture d'une centaine de pièces, d'essais, de revues de théâtre édités durant ses 50 dernières années et ayant en commun l'Algérie, Georges Perpes présente six pièces publiées entre décembre 1954 et août 1962 : Le cadavre encerclé de Kateb Yacine (revue Esprit décembre 1954 - janvier 1955), Les huissiers de Michel Vinaver (revue Théâtre populaire, n°29, mars 1958), Le séisme d'Henri Kréa (Pierre-Jean Oswald, août 1958), Des voix dans la casbah d'Hocine Bouhazer (Maspero, 20 novembre 1960), Les paravents de Jean Genet (Marc Barbezat /L’Arbalète, 1961), Naissances de Mohamed Boudia (La Cité, 15 août 1962). Analysant couvertures, achevés d'imprimer, il évoque aussi auteurs, éditeurs, metteurs en scène et revient sur 6 dates, où se raconte en creux une histoire de la guerre d'Algérie.
http://www.orpheon-theatre.org/bibliotheque/litteraire/edition-algerie.html
Jean-Pierre Thiercelin
lit des extraits de
Puzzle-mémoire (L'Amandier, 2012).
Écrite à la Seyne à l'automne 2011, Puzzle Mémoire réunit 5 courtes pièces à deux, trois, quatre, ou dix personnages, pouvant être jouées ensemble ou séparément. Comme l'écrit Gilles Costaz, "Au lieu de se focaliser sur la ville ou, au contraire, de s'en échapper totalement en vertu des fabuleux pouvoirs de l'imagination, Jean-Pierre Thiercelin a su être là et ne pas être là, attraper ce que l'histoire de ce lieu lui disait et mêler ses découvertes immédiates à d'autres moments de l'aventure humaine qui le hantent. De telle sorte que les autrefois se succèdent et se croisent en liaison avec aujourd'hui : le génocide des juifs, la souffrance du peuple palestinien, les ouvriers morts de l'amiante, les bourreaux en tout genre..."
Extrait
Arturo - Bonjour Clementina! Je ne vous ai pas fait peur au moins?...
Clementina - Si, un peu...Qui êtes-vous?
Arturo - Arturo! Fantôme de l'Eden-Théâtre et ombre égaré du quartier de la Lune !...Mon ombre n'intéresse plus grand monde...Ici , même les fantômes sont au chômage !...Alors, quand je t'ai entendue rêver, je n'ai pas pu m'empêcher de te faire un petit signe avec la complicité d'autres fantômes...
Clementina - Yves Montand ?...
Arturo - Yves Montand, il avait chanté ici à ses débuts pendant la guerre. Il est revenu pour toi ce soir...
Clementina - Ici? ...À l'office HLM?
Arturo - Ici, ça n'a pas toujours été un office HLM...Après les bombardements de 44, ça n'était plus qu'un vaste trou ! Un trou qui avait tout englouti...
Clementina - L'office HLM/Terres du Sud Habitat a été construit sur un trou de mémoire?...
Arturo - Tu l'as dit...Tout le monde l'a oublié mais autrefois...Là où nous sommes, c'était un théâtre! ...L'Eden-Théâtre ! ...Plus tard, il s'est appelé le Comédia. Mais son vrai nom, c'est le public qui lui a donné: le théâtre de la Lune!
Clementina - Comme la place?
Arturo - Comme la place devant les chantiers navals...Oui, je sais, ça date un peu !... C'est souvent le problème avec la mémoire...
Rencontre avec Lucile Bordes
pour son roman
Je suis la marquise de Carabas (Liana Levi, 2012).
En 1995, peu avant sa mort, le grand-père de la narratrice, 84 ans, ancien fonctionnaire de l'Éducation nationale, lui avoue un secret inattendu : "J'ai vécu dans une roulotte jusqu'à l'âge de onze ans". Retour en arrière, aux origines, sur un passé insoupçonné: Normandie, 1850, Auguste Pitou, commis de l'épicerie Blandin, quitte une carrière toute tracée pour suivre un marionnettiste forain, fasciné par ces "gisants de bois" et "ce moment qui échappe où la vie prend ". Son fils Émile, virtuose du trucage et de la mise en scène, rendra célèbre ce qui est devenu le Grand Théâtre Pitou. La troisième génération, blessée par la guerre de 14-18, lassée d’une vie nomade, se fixera à Rive-de-Giers et tentera l’aventure du cinéma muet puis parlant, jusqu'au renoncement, la mort dans l'âme, en 1953. Sait-on jamais tout de ses proches?
Extrait
En guise de trousseau qu'elle n'apporte pas, Eugénie reprend les costumes de chaque marionnette. Elles se laissent dévêtir avec bien plus d'abandon que les poupées que ses soeurs en grandissant lui avaient données, à elle, la petite, et leur nudité est bien plus troublante. Le tilleul fait à chacune une carnation particulière qu'Eugénie découvre avec l'émotion du prince des contes, lorsqu'à la blancheur de son bras, sous le hâle pris aux champs et la vilaine robe de paysanne, il reconnait la dame dont l'image obsédante l'a jeté sur les routes.
Rencontre avec Alexis Ragougneau,
pour son projet de pièce L'héritage
Jean-Pierre Thiercelin passe le relais à Alexis Ragougneau, en résidence d'écriture à la bibliothèque Armand Gatti jusqu'au 14 décembre. Avec L’héritage, Alexis Ragougneau se propose d’explorer le trajet d’une dynastie d’industriels à travers le regard du jeune héritier de la famille. Prenant la forme d’une enquête sur les origines et l’évolution d’une société multinationale, la pièce, à l’instar de son personnage principal, interrogera le lien entre éthique et économie, entre valeurs morales et valeurs d’entreprise. L’héritage est une pièce d’apprentissage, celui de la liberté et de la responsabilité. Peut-on échapper à un destin écrit d’avance ? Alexis Ragougneau lira deux extraits choisis parmi ses dernières pièces publiées: L’Abbaye (La Fontaine, 2012) - Kaiser, suivi de Notre Père (L’Amandier, 2011) - Krankenstein (La Fontaine, 2010), Les Iles Kerguelen, suivi de Bastringue (L’Amandier, 2009) - La mort du bailli Gessler ( éditions du Moulin-Neuf, 2006).
Extrait (du dossier de candidature)
Dans cette société où nous perdons progressivement l’habitude de descendre dans la rue voir ce qui s’y passe, où notre perception du réel se fait à travers la lucarne d’une télévision qui vend « du temps de cerveau disponible », il est bon, parfois, de s’enfermer dans une salle noire ou bien de se réunir sur un coin de trottoir, de regrouper des gens en chair et en os et non pas constitués de pixels, afin de nous rappeler les uns aux autres un certain principe : le théâtre est peut-être le dernier endroit au monde où l’on vous demande de ne pas croire ce que vous voyez.
Les amies d'Olympe
lectures en place publique
Les amies d'Olympe
Samedi 6 octobre 2012, 17h
MAGALI MOUGEL
lit
Erwin Motor, dévotion (Espaces 34, 2012)
5, place Martel Esprit, La Seyne-sur-Mer (04 94 28 50 30)
Erwin Motor est une petite entreprise de sous-traitance automobile. Y est employée, la nuit, sur une chaîne de montage, la jeune Cécile Volanges, ouvrière modèle dont l’obstination et la fierté se heurtent à l’incompréhension de son mari. À l’usine, cependant, un homme veille au bon déroulement des tâches, Monsieur Talzberg. Il surveille ses ouvrières de près, voire de trop près, par des moyens qui lui sont propres, pour maintenir la productivité. Pourtant la cadence des ouvrières faiblit. Comment agir sur la baisse de production ?
La directrice d’Erwin Motor, Madame Merteuil, agite la menace d’une délocalisation. Et l’étau se resserre autour de Cécile... Une nouvelle forme de "liaison dangereuse".
Extrait
Madame Merteuil. - Le spectre de la Pologne Monsieur Talzberg.
Le spectre de la Pologne nous effraie tous
et compte tenu des courbes du marché de l’industrie automobile
nous pourrions nous retrouver en situation
de crise.
Mais n’ayez crainte Monsieur Talzberg.
Je ne vous ferai pas le coup de la Sibérie.
Cela étant Monsieur Talzberg
je constate depuis quelques temps un faiblissement sur la chaîne de montage F.
Les ressorts et les Neumann Monsieur Talzberg.
On faiblit dans la cadence
Monsieur Talzberg.
Je sais que vous avez une affection particulière pour la minutie de nos petites mains expertes
Monsieur Talzberg.
Nous étions en capacité de fournir 3000 pièces par nuit
et je constate une chute
une baisse
un ralentissement de productivité.
Les temps de pause ?
La durée de transition d’une pièce à une autre ?
La présence d’un élément perturbateur ?
Je ne sais pas Monsieur Talzberg.
Peut-être la jeunesse et la maladroitesse de nos dernières recrues.
Nous voulons lutter contre le chômage des femmes et des moins de 25 ans, mais peut-être que ces enfants sont
encore inaptes au travail.
Et vous savez comme moi que nos dernières ouvrières de moins de 25 ans n’ont pas fait long feu.
Pourquoi ?
Je ne sais pas Monsieur Talzberg.
Vous êtes mon seul interlocuteur avec ce qui se passe dans mon usine
la nuit.
Alors instruisez-moi Monsieur Talzberg.
Les amies d'Olympe
Samedi 29 septembre 2012, 17h
DOMINIQUE PAQUET
lit
La consolation de Sophie (L'école des loisirs, 2012)
5, place Martel Esprit, La Seyne-sur-Mer (04 94 28 50 30)
Docteure en philosophie, Dominique Paquet mène parallèlement des activités de comédienne, d'auteure de théâtre et maintenant, de codirectrice d'un lieu (le centre culturel Boris Vian des Ulis). Auteure d'une étude sur l'odeur et les parfums au théâtre (La dimension olfactive dans le théâtre contemporain, L'Harmattan, 2005 ) de nombreuses pièces pour adultes (Cambrure fragile, Comp’Act, 2003; Le choix des T(h)ermes, L’Amandier, 2006; Les petites comédies de l'eau Gironde, Script , 2011 ), elle est aujourd'hui l'une des voix importantes du théâtre pour le jeune public. En 1997, elle publie Les escargots vont au ciel, dans laquelle une petite fille de 9 ans réalise: "J' appartiens à celui qui m'élève." (Très Tôt théâtre; Théâtrales, 2002). Puis viendront Un hibou à soi, clin d'oeil à Deleuze et à la pensée-sorcière (Manège, 1999), Les échelles de nuages ( L’école des loisirs, 2001), Cérémonies (L’école des loisirs, 2004). Ses pièces ont souvent pour protagonistes des adolescents (Froissement de nuit, Monica companys, 2000; Passage des hasards, Urgence de la jeune parole / Lansman, 2006) mais aussi des enfants, voire des bébés comme dans Son Parfum d’Avalanche (Théâtrales, 2003).
Dans sa dernière pièce pour la jeunesse, comme très souvent dans son théâtre, la philosophie n'est pas loin. La petite Trita est désespérée depuis qu'elle n'a plus le droit de voir Sinan, son frère jumeau malade. Soudain une nuit, une inconnue sort de l'armoire de sa chambre et lui propose de l'aider. Qui est-elle? Pendant sept nuits, elle va dialoguer avec Trita à la recherche de la vraie consolation: "vivre libre".
Comme l'écrivait Dominique Bérody, "en invitant les enfants à son banquet de mots", Dominique Paquet lance "le défi d'un gai théâtre philosophique. En brandissant le biberon philosophal sur la scène du simulacre, elle ne fait que rendre au théâtre une source de ses sources et offrir à nos imaginaires enfantins une bourrasque de sel marin."
La lecture et la rencontre avec Dominique Paquet sera précédée de l'annonce de la sélection des dix pièces retenues pour le Xème prix de la pièce de théâtre contemporain pour le jeune public. http://www.orpheontheatre.org/bibliotheque/litteraire/prix_jp.htm
EXTRAITS
TRITA - Qui es-tu alors? Tu es immense! Ta tête touche les étoiles, tes yeux lancent des éclairs! Comment es-tu sortie de l'armoire?
À moins que tu ne viennes du miroir? Je n'ai pas bien vu. Pourquoi tu ne réponds à aucune question ?
Ne t'approche pas trop, je te dis...J'ai un peu peur, même si tu ne lorgnes pas mon cou. Même si tu ne ne sors pas tes canines !
(...)
SOPHIE - Je viens de si loin. La route est longue et je suis si vieille!
Je suis née de la première aube quand le premier homme a regardé le monde et s'est demandé :
"Pourquoi? Pourquoi moi ici sur cette étrange terre où tout est à faire, et où je suis si seul !"
TRITA - Il s'est dit ça ? Tu l'as entendu?
SOPHIE - Oui. Sa première parole m'a fait naître.
TRITA - Tu es drôle, toi? tu es née des mots?
(...) Qu'est-ce tu veux faire Sophie?
SOPHIE - Te consoler. Te remettre debout. Te redonner la joie.
L'heure est aux remèdes, Trita. Pas aux poisons.
Résidence d'écriture arts de la rue
du 17 au 29 septembre 2012
LA RUE EST UN LIVRE
par Trasphalt
Samedi 29 septembre, 14h30-16h30
sortie de chantier
place Martel Esprit
La bien nommée compagnie de rue Trasphalt, qui, il y a trois ans déjà, avait marqué à la gouache la place Martel Esprit, avec son spectacle coloré, les "tatoueurs de rue", revient à La Seyne, du 17 au 29 septembre 2012, pour de nouveaux travaux poétiques.
Dans le cadre de son nouveau projet, "La rue est un livre", elle organise à la bibliothèque Armand Gatti, jeudi 20 septembre (17h30-19h30) et samedi 22 septembre (14h30 à 16h30), deux ateliers "d'inspiration collective pour une écriture de rue", accompagnés par Jean-Louis Masson, Véronique Sicsic et Laurence Huet.
Trasphalt propose d'écrire à La Seyne le premier chapitre d'un conte urbain : les textes seront mis en page sur le bitume le 29 septembre, photographiés puis rassemblés sur un site internet dans un livre numérique. De l'écriture, envisagée comme "acte poétique partagé dans la rue avec la population."
Les amies d'Olympe
lectures en place publique
Samedi 22 septembre 2012, 17h
DIANA VIVARELLI
lit
Explosion
5, place Martel Esprit, La Seyne-sur-Mer (04 94 28 50 30)
Le samedi 2 août 1980, à 10h25, heure de pointe du trafic ferroviaire, une bombe explose dans la salle d'attente de la gare de Bologne, faisant 85 morts et 128 blessés. Après quinze ans d'enquête, le procès ne permit pas de découvrir les instigateurs de cet acte terroriste où sont impliqués des membres de l'extrême droite, des responsables des services secrets italiens, la loge maçonnique Propaganda due (P2). Trente ans après, les deux principaux condamnés à perpétuité comme exécuteurs matériels de l'attentat sont en liberté ; présente dans la gare le jour du massacre, Diana Vivarelli ne peut et ne veut oublier cette " strage-dia". S'appuyant sur des sources documentaires vérifiées, mêlant autobiographie et Histoire, elle raconte comment le 2 août 1980 la vie de centaines de personnes définitivement bascula, avec comme fil conducteur l'histoire de quatre jeunes gens qui s'apprêtaient à partir en vacances pour la Grèce. À la manière de Roberto Saviano dans Gomorra, elle choisit "des mots qui dénoncent, qui témoignent, qui ne reculent pas. Des mots parés de leur seule armure: être dits. Une parole qui est sentinelle, témoin."
Diana Vivarelli a publié notamment: Triste sort mais on s’en sort, Ne m’oublie pas !, Racket : brisons la loi du silence (Editions du Petit Véhicule, 2004) ; À l’attaque ! et autres textes (Cerisier, 2007); Marilyn forever, dans le recueil "Marilyn après tout " (Les Cahiers de l’Égaré, 2012)
EXTRAIT
GÉNÉRAL - (...) Je sais, ce n’est pas drôle d'être une victime, mais la raison d'État dépasse de loin la futilité du destin individuel. Mes chères victimes - je peux vous appeler ainsi, n’est-ce pas ? - l'épreuve à été rude mais je vous assure que l’Histoire - avec un grand H – l’Histoire ne vous oubliera pas ! Que représentent-ils en effet, quelques dizaines de cadavres, quelques centaines de blessés face à la menace qui nous guette, face au destin de notre Patrie ? Détails ! Broutilles ! Me juger, moi, me condamner, moi, le serviteur fidèle, l'exécutant scrupuleux ! C’est pour vous, chers messieurs, chères mesdames et mesdemoiselles, qu'on travaille dans le plus grand secret, pour assurer votre sécurité, votre prospérité, pour vous assurer un avenir radieux et confortable, pour vous laisser dormir tranquilles. Pour vous garantir ordre et sécurité.
Je vous demande : qui ? Qui d’autre pouvait mener un combat sans merci contre les ennemis de notre patrie, les anarchistes, les terroristes, les déviationnistes ? Vous voulez un meilleur pouvoir d’achat, vous voulez travailler moins, vous voulez la tranquillité sans vous salir les mains ! Et bien, tout cela se paie. Notre bien-être coûte des bouts de corps humains, hommes, femmes, enfants, notre bien-être nécessite des gens comme moi, prêts à travailler dans le noir et le silence.
J’espère que, encore une fois, je serai lavé de tout soupçon de partialité ou d'abus de pouvoir, moi, l’humble serviteur de l’ombre. Je suis prêt à assumer la responsabilité de mes actes, contrairement à ces mauviettes de politiques qui me donnent carte blanche pendant la nuit et se rétractent lâchement au petit matin.
Les lâches devraient être internés. Les noirs, les handicapés, les faibles nuisent au bon fonctionnement de la société et devraient être éliminés. Les bouches inutiles aussi, pourquoi les supportons-nous ? Nous devrions nous insurger contre les femmes adultères, les enfants illégitimes et autres bizarreries contre nature.
Ordre et sécurité, servir et obéir ! Qu'elles avancent, les soi-disant victimes du système, qu'elles montrent leur visage. Un tribunal n'est rien sans preuves et les preuves que vous cherchez sont classées secret d'Etat. La justice ne tient qu'à un fil. Si vous essayer de couper ce fil, je vous empêcherai de le faire. Pour le bien de notre communauté.
Samedi 15 septembre 2012, 17h
ELSA SOLAL
lit
Olympe de Gouges (Lansman, 2007)
5, place Martel Esprit, La Seyne-sur-Mer (04 94 28 50 30)
Enfant illégitime, née à Montauban le 7 mai 1748, Marie Gouze, dite Olympe de Gouges, meurt guillotinée le 3 novembre 1793. Auteure de théâtre, elle est la première femme dramaturge à être jouée à la Comédie-Française, avec une pièce dénonçant l'esclavage des noirs.
Figure flamboyante de la Révolution française, longtemps méprisée, son action fait depuis deux décennies l'objet d'une réévaluation. Son nom reste indissolublement lié à sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, première déclaration universelle des droits humains à poser une exigence universellement valable à la fois pour les hommes et pour les femmes. Pour les femmes, elle demande notamment le droit de vote, l'accès aux charges et emplois publics, le droit à l'instruction. Elle imagine un nouveau contrat social entre la femme et l'homme, protégeant les mères "célibataires", les enfants illégitimes, réorganisant le fonctionnement de l'héritage.Elle lance l'idée de "maisons de maternité", défend la loi sur le divorce.
Dans sa pièce, Elsa Solal se concentre sur les derniers moments d'Olympe de Gouges. Emprisonnée, à la veille d'être exécutée, Olympe revient sur l'occasion manquée d' éviter l'arrestation en partant avec son fidèle ami l'écrivain Louis-Sébastien Mercier, elle revit le face-à-face avec Fouquier-Tinville, accusateur du tribunal révolutionnaire qui lors d'un procès déséquilibré a obtenu sa tête. La pièce se termine sur ces mots d'Olympe: "Les femmes ont le droit de monter sur l'échafaud, elles doivent avoir celui de monter à la tribune."
Elsa Solal a également publié: Armor (Lansman,1996), Dis, la vie, comment ça marche - Peurs ( Les Cahiers de l’Égaré, 1999), Démons aux Anges (Les Solitaires Intempestifs, 2001), L’Autre Guerre - Le Monde à l'envers (Syllepse, 2003), Fragments d’humanités, le manifeste des 343 S. (Lansman, 2005) .
En 2009, elle a publié chez Actes Sud, un roman Olympe de Gouges: non à la discrimination des femmes. En 2012, elle vient de publier chez Les Cahiers de l'Égaré une pièce autour de la liaison d'Hannah Arendt et de Martin Heidegger, Celle qui venait d'ailleurs.
INCIPIT
Tableau 1
La prison. À l'aube, une cellule de prison dans la pénombre. Assise à une table, Olympe écrit à la lueur d'une bougie. Elle entend un bruit de sabots sur la chaussée, un roulement de tambour.
OLYMPE – Comment sommes-nous passés de ces nuits brûlantes où l'on se jurait l'amour pour l'éternité à toute cette destruction?
Comment sommes-nous passés de cette joie, de ces serments d'être inséparablement unis, de s'aimer toujours, de se porter secours, à cette haine, à cette division?
Comment passe-t-on de l'amour à l'enfer, à ça ? Comment en est-on arrivés là ? Je veux dire à ce renversement si brutal ?
L'amour est le frère de la mort. Je l'ai voulu enfant de la joie, insolent, imparfait mais fertile, vrai et généreux.
Ils le veulent un et indivisible, idéal, une statue de raison, à quel prix de folie?
Moi, Olympe de Gouges, je suis la même, maintenant enfermée, dans cette prison, mise au secret. Je sais que la haine aspire à effacer toute différence, tout signe de distinction...
Le 5 septembre 1793, la Convention a décidé de mettre la Terreur à l'ordre du jour de l'Assemblée. Terreur avec une majuscule.
Serrons et étreignons si fort le noeud de notre alliance et nous serons non seulement unis mais tous un.
Elle s'arrête un instant, plonge dans ses souvenirs, on entend un bruit de foule. Elle se souvient.
Samedi 8 septembre 2012, 17h
SEDEF ECER
lit des extraits de
Sur le seuil - À la périphérie - Les descendants
5, place Martel Esprit, La Seyne-sur-Mer (04 94 28 50 30)
En quatre ans, avec trois pièces écrites en français et publiées chez L'Amandier et L'espace d'un instant, Sedef Ecer s'est imposée comme une subtile passeuse entre la Turquie, pays où elle née, et la France, "sa langue d'accueil". Dès 2009, elle se fait remarquer avec Sur le seuil, sa première pièce écrite en français. Tous les personnages de cette suite de minifictions sont des femmes amenées à se rencontrer dans l"'araf", lieu de passage entre la vie et la mort : une immigrée sédentarisée qui s'est suicidée, une femme snipper amoureuse de son ennemi, une jeune fille qui découvre que son grand-père n'était pas le héros national enseigné à l'école, une danseuse du ventre assassinée par la femme de son amant et consommée par celui-ci, sans qu'il le sache, sous forme de purée... Dans sa seconde pièce (2011), l'action se déplace À la périphérie d'une grande ville de la planète, sur une immense décharge où sont repoussés les exclus et les exclus des exclus. Enfants nés sans nombril, contaminés par le dépotoir puis par une usine de pesticides, Azad et Tamar réussiront à aller en France pour découvrir qu'au pied de la tour qu'ils squattent dorment des Rroms, comme dans le bidonville qu'ils ont fui. Résultat d' une co-production allemande, française, arménienne et turque, Les descendants (2012) tourne autour d'un mot jamais prononcé, d'un non-dit. L'action se déroule aujourd'hui dans un observatoire astronomique, avec en arrière plan, un évènement historique longtemps refoulé : la sélection par un État nationaliste d'êtres inférieurs envoyés en déportation. Elle se termine avec l'espoir "Que dans un autre temps, une autre galaxie, des hommes ne seront pas séparés en trois: les bourreaux, les victimes, les témoins. Et que leurs descendants ne porteront pas les haines ancestrales."
Sedef Ecer a également collaboré à "Un oeil sur le bazar", anthologie des écritures théâtrales turques éditée en 2010 par L'espace d'un instant.
Elle lira des extraits de ses trois pièces publiées en français. Elle lira aussi "Le peuple arrive" présenté récemment au Théâtre du peuple à Bussang ainsi que des extraits de "L'absente", première partie de "Jusqu'où tu pourras !" triptyque en cours de création, dont les deuxième et troisième volets sont écrits par Michel Bellier et Stanislas Cotton.
EXTRAIT de « L’ABSENTE »
Galanthine, transsexuelle voilée et Kardelen, fan de road movies.
KARDELEN – Pourquoi tu portes ça ?
GALANTHINE – Quoi ?
KARDELEN – Ce truc-là ?
GALANTHINE – Le niqab ?
KARDELEN – Oui. Pour devenir invisible ?
GALANTHINE – Pour devenir invisible. Pour ne pas être vue. Ne pas exister. Car on n’existe pas, nous. Je n’ai même pas de pièce d’identité. J’ai toujours une carte d’identité bleue. Celle des hommes. A chaque fois que je vais à la préfecture pour en avoir une rose, ils me passent à tabac. Ils m’ont même fait faire mon service militaire. Dans des dortoirs avec quatre-vingts hommes. Alors, quand je suis rentrée de l’armée, j’ai décidé de me voiler. Il m’aide ce niqab, à devenir invisible. A passer plus facilement dans la rue. Mais c’est aussi parce que j’ai péché. J’ai transformé ce corps que Allah m’a donné. Je me dis que faire la prière cinq fois par jour, porter le niqab, jeuner pendant le ramadan ça peut effacer mes péchés.
KARDELEN – C’est ce truc qui va aider à racheter tes péchés ? Excuse-moi mais ton Allah, déjà qu’il ne voit pas les femmes quand elles sont habillées normalement, si en plus on se rend invisible avec des tonnes de tissus !
GALANTHINE – Teubé estafouroullah ! Arrête les blasphèmes !
KARDELEN – Pourquoi ? Tu crois qu’il va me punir ? (au ciel) Hééé ! Monsieur Allah ! (à Galanthine) Je dis Monsieur parce que vu comment il se comporte avec nous ici, ça ne peut pas être une « Madame »… (au ciel) Monsieur Allah ! Envoie-moi un seul signe et je me mets en niqab comme ma voisine de gauche…
GALANTHINE – Chiche !
KARDELEN – Attends. Disons… pas en niqab mais en hijab. Ca va, ça ?
GALANTHINE – Avant même de signer, tu as commencé à marchander !
KARDELEN – Oui tu as raison. Il ne faut pas créer de crise de confiance avec Allah. Je te jure, Allah, je me mettrai en niqab.
GALANTHINE – Et si ça marche ?
KARDELEN – Je dirai que je ne savais pas ce que ça voulait dire. Que je pensais que… ça voulait dire porte-jaretelles.
GALANTHINE – Mécréant ! Moi, je sais que Allah m’aidera. Pour mon opération. Pour enlever ce pénis qui ne m’appartient pas. Cette bite qui me tue à petit feu. Et pour cette route. Cette longue route.
KARDELEN – Ce road movie.
GALANTHINE – Ce road movie.
Samedi 1er septembre 2012, 17h
MILKA ASSAF
lit
Les Démineuses
5, place Martel Esprit, La Seyne-sur-Mer (04 94 28 50 30)
L'histoire des "Démineuses" est basée sur des faits réels. Elle raconte l'histoire d'une équipe de six femmes libanaises formées au déminage, opérant au Sud Liban. Toutes sont chiites, certaines sont voilées. Trois sont mariées, deux ont des enfants. Leur engagement qui met en péril leur vie tous les jours, est une oeuvre de réparation. C'est aussi un métier leur permettant de gagner d'une manière respectable un salaire se montant au double du salaire moyen. Fortes de l' autonomie financière que leur confère ce "salaire de la peur", ces femmes qui déminent le sol de leur pays, déminent aussi leur vie. Le danger qu'elles osent braver tous les jours les a désinhibées.
Cinéaste, Milka Assaf a réalisé une dizaine de documentaires, notamment pour Arte : Le bal du triomphe de l'amour ( sur des "Roméo et Juliette" libanais de confessions différentes, 2002), La mémoire volée (sur le pillage du musée de Bagdad, 2004), Sri Lanka (les naufragés du tsunami, 2005)..."Les Démineuses" est sa première pièce. "Je me suis aperçue qu'une pièce de théâtre me permettrait d'avoir beaucoup plus de liberté qu'un documentaire, je pouvais mettre en scène les confidences les plus intimes que ces femmes m'ont livrées".
INCIPIT
SHÉHÉRAZADE et LINA sont perchées sur une colline. Tandis que Lina admire le paysage, Shéhérazade balise un terrain miné.
LINA - Quelle vue magnifique ! Je n’imaginais pas que la région était aussi verdoyante !
SHÉHÉRAZADE (déroulant le cordon) - Verdoyante mais vénéneuse !
LINA - Tu veux dire que toute cette superficie est infestée ?
SHÉHÉRAZADE - Tout le sud du Liban ! Depuis la frontière avec Israël qui est derrière ces collines jusqu’à la banlieue de Beyrouth. 80 Kilomètres à vol d’oiseau ! Mais en superficie, ça fait plus, il y a les montagnes, les vallées, le littoral...
LINA (parcourant du regard la surface contaminée) - C’est terrifiant ! A-t-on une idée précise du nombre de mines dispersées ?
SHÉHÉRAZADE (nouant le cordon autour d’un piquet) - Seuls les Israéliens peuvent préciser le nombre de mines qu’ils ont larguées sur le Liban, et jusqu’à présent, ils refusent de le faire. Mais selon les experts de l’ONU, de Human Rights Watch, et des ONG sur le terrain, l’évaluation oscille entre un et deux millions de mines antipersonnelles. Va savoir !
LINA : De quoi tuer un tiers de la population ! Ouaou !
SHÉHÉRAZADE - Tiens, tu me donnes la pancarte s’il te plaît ? Mais tu ne sors pas du chemin, c’est le seul espace qui a été décontaminé.
Sur la pancarte, une tête de mort, soulignée d’une inscription : « Danger – Mines ». Schéhérazade la plante dans le sol.
SHÉHÉRAZADE - C’est bon !
Shéhérazade continue de baliser le terrain miné.
LINA - Combien de mines ont été neutralisées jusque-là ?
SHÉHÉRAZADE - Depuis trois ans, en additionnant les résultats des équipes de déminage de toutes les ONG, 200 000 !
LINA - 200 000 sur deux millions, on est loin du compte ! Et Scandinavian Aid emploie combien de personnes pour le déminage ?
SHÉHÉRAZADE - Trente. Et selon le principe d’égalité cher aux Scandinaves, quinze hommes et quinze femmes, touchant tous le même salaire.
LINA - Hah ! Y a que des Scandinaves pour pratiquer le principe d’égalité au Liban ! Et les équipes sont mixtes ?
SHÉHÉRAZADE - Non. L’équipe masculine démine dans un secteur plus éloigné. L’équipe féminine est répartie sur trois territoires, dont celui-ci. Ouf, quelle chaleur ! (Desserrant son voile) Repos ! Shéhérazade se dirige vers un sac laissé au bord du chemin et en sort une bouteille d’eau. Tu veux un peu d’eau, Lina ?
LINA - Non merci, Shéhérazade.
SHÉHÉRAZADE - Tout le monde m’appelle Shéhra, mon diminutif est plus facile à porter ! (Shéhérazade avale quelques gorgées.) Dans cette zone, nous sommes cinq à opérer. On commence à 6h du matin, et on finit à 14h. Avec une pause obligatoire de dix minutes à la fin de chaque heure.
LINA - En principe ?
SHÉHÉRAZADE - Quatorze démineurs sont morts sur le terrain et cinquante ont été blessés ! Pas dans notre ONG, mais quand la sirène sonne le glas, nous observons tous une minute de silence.
LINA (Après un silence). - À quoi ressemblent ces mines assassines ?
SHÉHÉRAZADE - Les BLU sont rondes et grosses comme une balle de tennis. Et les M ressemblent à une petite bouteille de gaz, petite comme ça !
LINA (avec une amère ironie) - Je vois, parfaite pour la cuisine d’une maison de poupée.
Auteurs en place publique
Vendredi 8 juin 2012, 19h30
Sylvain LEVEY
lit
Lys Martagon (Théâtrales, 2012)
5, place Martel Esprit, La Seyne-sur-Mer (04 94 28 50 30)
En mai 2005, jeune auteur récemment édité par Théâtrales, Sylvain Levey venait pour la première fois à la bibliothèque de théâtre Armand Gatti à la rencontre des collégiens qui lui avait décerné, pour sa pièce Ouasmok?, le prix de la pièce de théâtre contemporain pour le jeune public. Il avait animé un atelier d'écriture et lut Journal de la middle class occidentale. En 2007, sur une proposition de Françoise Trompette, il participait, avec Michel Azama, Nathalie Papin, Jean-Yves Picq, Françoise Pillet, à l'aventure des 120 Voyages du fou (Théâtrales, 2008) et écrivait 4 monologues pour la compagnie Orphéon Théâtre intérieur. Depuis 5 ans, il a multiplié les expériences et les publications: Alice pour le moment (2008), Cent culottes et sans papiers (2010) Costa le Rouge (2011), Comme des mouches, pièces politiques (2011)... Aujourd'hui il revient partager son approche de l'écriture dans le cadre d 'un stage "Culture à portée de la main" et lire "en place publique" sa dernière pièce, histoire d'une jeune fille de 17 ans, libre et sauvage, amoureuse de Démétrio. Mais Démetrio sera-t-il à la hauteur?
EXTRAIT
On dit.
Qu'elle parle aux oiseaux.
On dit.
Qu'elle prévient les arbres de l'arrivée des bûcherons.
On dit.
Qu'elle pleure sur leurs cadavres.
On dit.
Que ses larmes sont fécondes.
On dit.
Que partout dans la montagne elle est chez elle.
La neige elle aime.
Plus que tout.
Elle aime elle dit.
On dit.
Qu'elle peut provoquer une avalanche d'un geste de la main.
On dit.
Qu'elle donne un prénom à chaque bouquetin qu'elle rencontre.
On dit.
Qu'elle.
On dit.
Beaucoup de choses.
On dit.
Tout.
Et.
Son contraire.
Sur elle.
Tu le connais?
Toi.
Son prénom?
Moi non.
Et toi?
Moi non plus.
Lys.
Lys?
Avec un y.
Elle s'appelle Lys.
Lys.
Lys Martagon plus précisément.
Auteurs en place publique
Samedi 2 juin 2012, 19h30
Bruno ALLAIN
lit un texte inédit
Perdus dans l'immensité
5, place Martel Esprit, La Seyne-sur-Mer (04 94 28 50 30)
Après avoir obtenu le diplôme d?ingénieur de l?École Centrale des Arts et Manufactures de Paris, Bruno Allain opte pour le métier d?acteur. Il joue de grands rôles du répertoire : Lorenzaccio, Hamlet, Perdican ou Rodrigue. Il écrit une vingtaine de pièces et publie notamment Assassinez-moi! ou Mademoiselle Paula (L?Avant-Scène, 2002 ), Quand la viande parle (Les Impressions Nouvelles, 2005), L?anniversaire (L?Amandier, 2005), Inaugurations (L?Amandier, 2009) , Tel Père, (Lansman, 2011). Il écrit pour la compagnie de la rue KMK l' épisode 3 de Roman Fleuve (L?Entretemps, 2007). Il est en 1998, 2003 et 2009 lauréat du Centre National du Livre. Auteur en résidence dans des collèges - du 29 mai au 6 juin, il intervient au collège Wallon de La Seyne -sur-Mer - il relate ses expériences avec Viens écrire et tu verras ! (Punctum, 2007), Tout le collège écrit (Téraèdre, 2011). Parallèlement, il poursuit une carrière de plasticien (visages, boîtes à cris, sculptures sur fil et autres gueulards).
Depuis 2010, Bruno Allain travaille sur une pièce-paysage intitulée Perdus dans l?immensité dont chaque thème, issu d'un article de journal, mêle l'intime et le collectif.
EXTRAIT
A - C'est fini ça finit ça va finir ça peut finir fini c?est fini tout est fini finir oui oui moi je oui bien sûr finir je plus tard un jour dans une heure une seconde regarde aah! je meurs on ne sait pas on s'en fout d'ailleurs finir peut-être mais ça non ça pas question que ça finisse pas maintenant pas hier pas même demain tout ça les étoiles la transparence de l'hiver les tourbillons dans le fleuve les vents de sable le bleu infini des plumes de paon moi je peut-être oui dans une heure mais ça non finir c'est foutu c'est fini non non pas rayé effacé définitivement englouti au sein d?une guerre sans fin ou en faveur de quelques-uns pour qui c'est jamais assez jamais assez jamais assez non je dis non comme de conduire dans la solitude de Paris la nuit ou de marcher sous la forêt vierge à Kaw en Guyane trop beau ça va finir dit-on partout quoi finir qu'est-ce qui va finir tout ça qui existe ? Tout ça qui fait tenir debout et monter les larmes ? La nuit jaune le long des boulevards tellement bon là au centre du monde avec l? auto-radio à fond “But beautiful” ça swingue Bill quel pied ! quel élan tu m'as donné ! et les picnics sur les quais avec le reflet de tes yeux dans la Seine et les amis autour à refaire le monde moi je oui un jour poussière mais finir non pourquoi finir ? Je ne veux pas moi que ça finisse ni hier ni demain c'est fini ça finit non pas finir tout va finir disent certains tu sais le coup de la pomme les hommes ont bouffé la terre il ne reste que le trognon comment veux-tu qu'elle tourne ? Moi je alors là franchement c'est con je chie la liberté si comme ça si fatalité on ne peut rien faire pour aller contre on ne peut ensemble prendre les rennes bien sûr les hommes ont foutu le bordel regarde regarde pas besoin d?être devin ils n?arrêtent pas de se taper sur la gueule et le pire est à venir la famine les avidités financières qui mettent l'univers sur la tête la disparition des espèces et de la diversité les manipulations génétiques sans savoir façon apprenti sorcier même le trognon les hommes le bouffent regarde regarde pas sorcier justement de comprendre le bordel tellement nombreux les hommes à fond justement s'écharper s'étriper s'éventrer s?égorger s'émasculer tu aimes tu en redemandes en voilà ah ah alors oui je chie la liberté si fatalité on laisse faire si fatalité tu t'en remets à Dieu si fatalité moi je cultive mon jardin ça ne me concerne pas qu'est-ce que tu as appris à l'école de la république ? Bordel ! si j'étais ange du chaos je te dirais surtout ne bouge pas n'agis pas ne réagis pas surtout ne relève pas tes manches pourquoi pourquoi rien n'est foutu c'est des carabistouilles continue à profiter à ingurgiter à enfourner à entasser vas-y mets en encore dans ta gueule dans leur gueule continue à engranger à collaborer à empaffer à enculer fais-toi ton petit bonheur nombril tout va bien on gère si j'étais ange du chaos je te dirai ça car à rester dans tes rêves c'est l'enfer qui se prépare pas fini pas finir même pas à finir au contraire ça commence tout commence pareil que sous la forêt vierge à Kaw où la nature invente chaque seconde les feuilles comme des parapluies les fleurs écarlates les branches qui écrivent sur l'azur les fruits trop mûrs les cadavres tout ça qui pourrit et renaît entre les racines trop beau avec les colibris cuivrés et les papillons éclats de ciel en vol qui étincellent dans les rais du soleil ça jamais fini car toujours il y a à renaître il y a à naître pas de re pas de deux fois pareil la même chose non juste du nouveau du «c'est fini donc pas fini» du début au contraire qui vient qui revient début de toute chose moi je oui peut-être bientôt sûrement me disperser comme nuage éparpillé cendres que tu souffles au-dessus de la mer mais même fini en fait pas fini là encore entre les réverbères de Paris la nuit avec les yeux jaunes des voitures tu conduis toi l'homme au coeur de la beauté du monde que tu as construit toi l'homme quand tu n'es pas centré sur ton égo toutes ces oeuvres qui te subliment quand tu te tournes vers l'autre non non pas fini t'as pas fini ça commence toujours toujours je marche sur un charnier sous mes pieds toujours un charnier des couches et des couches à n'en plus finir ça se répète de générations en générations alors non non je chie à la gueule de certains qui disent c'est fini ça va finir sauf que évidemment si tu restes les bras le long du corps si tu suis le premier Hitler qui passe il y en a il y en a plein si tu te remplis de vide cathodique comme un obèse de vent alors là évidemment tu leur donneras raison aux certains qui disent donc bouge-toi chie leur à la gueule parce que parce que ils foutent la poisse les certains à promouvoir l'angoisse à promouvoir la frustration qui te cloître les deux ensemble respiration bloquée oeillère immobilité garantie la poisse encore et ça poisse ça colle ça empêche ça étouffe ça se branle cette poisse qui n'en finit pas ni hier ni demain qu'est-ce que tu as appris à l'école de la république ? Bordel ! As-tu encore un peu de mémoire ? Rebelle-toi gueule résiste résister c'est créer répètent ceux qui étaient dans les camps ouvre explore déserte moi regarde regarde je meurs aah ! fini pas fini et alors ? on s'en fout mes atomes se répandent dans l'univers lui n'oublie pas va te faire foutre la lune même mort j'existe.
Résidence d'écriture arts de la rue
L'An Oui
par
La Droguerie Moderne Théâtre (Die)
du 24 mai au 1er juin 2012
Du 24 mai au 1er juin 2012, Orphéon accueille en résidence d'écriture une compagnie drômoise: La Droguerie Moderne Théâtre.
Cette dernière est en phase de création d'un spectacle, titre provisoire L'An Oui, touchant directement à nos vies.
“Comment (ré)organiser nos sociétés afin que chacun puisse réellement se réapproprier l'espace public au travers de ses gestes, de sa parole, de son idéal; comment organiser le débat afin que les échanges existent vraiment...
Après mûre réflexion, débats contradictoires, accords et désaccords, et à l'unanimité relative et provisoire, la Droguerie Moderne Théâtre déclare que :
1/ Les lendemains qui chantent, ça commence aujourd'hui.
2/ Le spectateur, étant le premier concerné par le spectacle, a le droit, pour ne pas dire le devoir, de participer pleinement et librement à la création dudit spectacle.
3/ Il vaut mieux, dans certains cas, dire joyeusement n'importe quoi plutôt que se taire tristement.
4/ Le monde tel qu'il est ne convenant pas à une immense majorité de gens, il convient peut-être d'en changer assez rapidement.
5/ Partant du principe que les Français ne sont jamais contents, ouvrons nous sur nos voisins, accueillons leur bonne humeur, et donc potentiellement, accroissons notre contentement.
6/ Attendu qu'au théâtre, c'est quand même depuis la scène qu'on voit le mieux le spectacle, nous proposerons désormais à tout spectateur d'y monter, ne serait-ce que pour prendre de la hauteur.
7/ Cette déclaration est probablement incomplète, délibérément approximative et peut-être complètement fausse, mais ce n'est qu'un début. "
Vous avez donc de fortes chances de croiser à La Seyne-sur-Mer certains membres de la Droguerie Moderne Théâtre, notamment l'après-midi sur la place Martel Esprit, devant la bibliothèque de théâtre Armand Gatti, ils seront là avec divers dispositifs théâtraux afin de récolter vos mots, phrases, poèmes, idées...
1er juin 2012, 18h47
Sortie de résidence d'écriture
La Droguerie Moderne Théâtre vous invite à la "Première assemblée pleinière et de plein air de l'an Oui" place Martel Esprit Cette sortie de chantier sera suivie d'un repas littéraire autour du roman "Sur le fleuve Amour" de Joseph Delteil. Amener son pique-nique.
Mardi 15 mai 2012, 19h30 :
Cathy Ytak
lit des extraits de 50 minutes avec toi, de Rien que ta peau
(Actes Sud Junior / D'une seule voix)
et un texte inédit Le jour de la cocotte-minute.
5, place Martel Esprit, La Seyne-sur-Mer (04 94 28 50 30)
Cathy Ytak est, pour sa pièce 50 minutes avec toi, la lauréate du 9ème prix de la pièce de théâtre contemporain pour le jeune public, choisie par les élèves de 3ème et de Seconde. Elle succède ainsi à Juan Mayorga (La Paix perpétuelle), Frédéric Sonntag (Sous contrôle), Élisabeth Gentet-Ravasco (Le désidénoir), Philippe Crubézy (Obliques à la terre), Nasser Djemaï (Une étoile pour Noël), Wajdi Mouawad (Pacamambo) & Fabrice Melquiot (Albatros), Sylvain Levey (Ouasmok?), Jean-Gabriel Nordmann (Bakou et les adultes).
Édité par Actes Sud Junior, 50 minutes avec toi est un monologue fort, porteur de la parole d'un jeune d'aujourd'hui. C'est l'été, il fait chaud. Un adolescent doué - il a eu son bac avec un an d'avance - s'adresse pour la première fois, pendant 50 minutes, à son père: celui-ci gît à terre dans la pièce qu'il était en train de repeindre. Est-il mort suite à un infarctus? Fait-il une crise de narcolepsie ? À ce père qui ne peut répondre, qui n'a jamais voulu l'entendre, le fils déballe tout ce qu'il lui reproche et n'a pu lui dire depuis des années (coups, humiliations), se refusant à appeler les secours qui, peut être, le sauveraient... Art de la situation, suspense, coup de théâtre!
Il a suffi que je te dise "J'arrête, j'arrête tout", pour que tu tombes et que pour toi tout s'arrête d'un coup.
Les secondes s'égrènent et t'es toujours là devant moi, immobile. Moi aussi, je suis immobile, mais vivant. Je ne respire pas trop bien. Mon souffle est haché, emprisonné. Je ne ressens rien. Je ne sais pas combien de minutes il va falloir que j'attende avant d'être sûr, vraiment sûr que t'es mort. J'ai presque envie de dire crevé, mais je n'ose pas. Mort, c'est mieux, c'est normal.
Crevé, on dit ça d'un chien.
Précédemment, en 2008, était paru, également dans la collection D'une seule voix, Rien que ta peau, récit à la première personne de l'amour naissant de Ludivine, une adolescente handicapée, pour Mathis, un garçon de son âge.
Cathy Ytak vient de publier un roman jeunesse Le retour de la demoiselle (L'école des loisirs, 2011). Elle est aussi traductrice de nombreux auteurs catalans : Lluis Anton Baulenas, (Le fil d'argent, Flammarion, 2001; Le bonheur, J'ai lu, 2009 ) Joan-Lluis Lluis (Le Jour de l'ours, Tinta Bava, 2006), Sebastia Almazora (La fleur de peau, Métaillé, 2007)...
Au cours de la soirée, Cathy Ytak lira un texte inédit "Le jour de la cocotte-minute".
Extrait
(...) J’ai toujours écrit pour mieux me cacher, pour ne pas être dans la lumière tout
en ayant le sentiment d’exister aux yeux des autres.Qu’ils ne m’oublient pas, dans
mon coin. Et me voilà seule sur un plateau, cernée de silence, d’ombre,
d’obscurité.Exposée.
Si j’étais comédienne…Ah, si j’étais comédienne, je serais moins empotée, c’est sûr!
Je saurais comment m’asseoir, comment me lever. Je pourrais tout lire, tout dire, et
les gens m’écouteraient.
Mais je ne sais pas faire, pas faire tout ça.
J’ai demandé combien de temps ça durait, une lecture publique. Et on m’a répondu
:une heure, une heure et demie…Armand Gatti deux heures. Il y a de quoi avoir peur.
Je sais pas comment font les gens pour rester attentif pendant tout ce temps. Moi, j’y
arrive pas.
C’est pas que je m’ennuie, mais j’y arrive pas.
Déjà, toute petite… On me donnait des images, parce que j’étais sage.
Des images… Je me souviens de la série des oiseaux.
D’abord, j’ai eu la linotte. Une tête de linotte. Puis l’étourneau, au cas où je n’aurais
pas compris le message.
Sûr que si la mouette rêveuse avait existé, je l’aurais eue, celle-là.
J’étais sage, oui, mais on me reprochait d’avoir la tête ailleurs.
Pas attentive, quoi. C’est ça, exactement ça.
Faut que je dise, faut que j’explique, faut que je raconte.
Ça se passe un dimanche. J’ai dix ou onze ans (...)
Jeudi 12 avril 2012, 19h :
Fabien Arca
lit des extraits de Moustique (Espaces 34, 2011)
et
deux fictions
Forfait bloqué & Le dernier train pour Paris, mon amour.
Les Chantiers de la lune - 31, Place Benoît Frachon
La Seyne-sur-Mer / 04 94 06 49 26
Après Nathalie Papin (Camino), Jean-Claude Grumberg (Pinok et Barbie), Suzanne Lebeau (L'Ogrelet), Stéphane Jaubertie (Yaël Tautavel), Jean-Rock Gaudreault (Le navigateur et l'enfant), Philippe Dorin (Les enchaînés), Philippe Gauthier (Chant de mines), Fabien Arca est le 9ème lauréat du prix de la pièce de théâtre contemporain pour le jeune public, choisi par les élèves de Cm2 et de 6ème.
Moustique, le personnage de sa pièce éditée dans la nouvelle collection de théâtre jeunesse d' Espaces 34, est très sympathique.Tout comme Bakou, imaginé par Jean-Gabriel Nordmann, Moustique est un enfant qui (se) pose beaucoup de questions: où sont les enfants avant d'être dans le ventre des mamans? Comment faire pour devenir cirque? Pourquoi les grands frappent toujours les petits? Un jour, il rencontrera Crevette, une fillette de son âge...
Extrait
Moustique - C’est quoi la langue paternelle ?
Papa - Quoi ?!
Moustique - La langue paternelle c’est quoi ? L’autre jour à l’école, la maîtresse elle nous a expliqué ce que c’était que la langue maternelle mais par contre elle ne nous a pas dit ce que c’était la langue paternelle alors moi je me demandais ce que ça pouvait bien être…
Papa - La langue paternelle ?
Moustique - Oui. J’ai cherché dans mon dictionnaire mais j’ai pas trouvé. Tu dois savoir toi puisque t’es mon père ?
Papa - La langue paternelle…
Moustique - Oui...
Papa - Tu veux savoir ce que c’est ?
Moustique - Oui bien sûr…
Papa - Très bien. Par contre il faudra que tu me jures de ne pas le dire à ta mère…
Moustique - Pourquoi ?
Papa - Parce que c’est un secret.
Moustique - Un secret ?!
Papa - Oui. Tu sais garder les secrets toi ?
Moustique - Bien sûr que je sais les garder les secrets moi !
Papa - Bon. Très bien. Alors tu promets ?
Moustique - Je promets. Oui.
Papa - Très bien. Un léger temps. La langue paternelle c’est une langue qui se transmet de père en fils. C’est une langue qui ne s’apprend pas. Non. C’est une langue innée…
Moustique - Innée ? Ca veut dire quoi ?
Papa - Ca veut dire qu’elle est en toi. Dans ton cœur.
Moustique - Une langue dans mon cœur ?
Papa - C’est ça. Exactement. Et cette langue, on ne la parle pas avec des mots. Non.
Moustique - Pourquoi ?
Papa - Parce que les mots viennent souvent tout compliquer, parce que les mots viennent tout déformer, et parce que les mots parfois ne suffisent pas….
Moustique - Alors cette langue comment on la parle ?
Papa - Silencieusement.
Moustique - Silencieusement ?! Mais comment on fait ?
Papa - C’est très simple. On se tait.
Moustique - On se tait ?
Papa - Oui. Tout simplement. On peut se tenir la main si tu veux. On peut fermer les yeux aussi. Mais le plus important c’est de se taire. On reste tous les deux. Tranquilles. En silence. On ne pose pas de question. Non. On est juste là. Tous les deux. On ne cherche pas à savoir si les oiseaux ont des pattes en bois et si on peut attraper le soleil en haut de la montagne. Non. On ne pose pas un million de questions auxquelles son père ne peut pas répondre. Non. Tu vois. On reste là. Simplement. Comme ça. Avec son père. En silence…Tu veux essayer ?
Ils se taisent.
Un temps.
Moustique - (doucement) Alors c’est ça la langue paternelle ?
Papa - Oui Moustique…
Moustique - C’est la langue du silence.
Papa - Chut…
Au cours de la soirée, Fabien Arca lira deux courtes fictions radiophonique écrites pour France Inter et des extraits de sa nouvelle pièce pour le jeune public, en cours d'écriture.
Résidence d'écriture arts de la rue
du 26 mars au 7 avril 2012
Retour de Cyril Lévi-Provençal
par Dockingcie
Samedi 7 avril, 19h
présentation d'une étape d'écriture
au Môle de la Paix
Bureau du port de La Seyne-sur-Mer
J'ai découvert le plaisir de jouer dans toutes sortes d’espaces extérieurs avec la compagnie Kumulus, aussi bien en France qu'à l'étranger. Ces expériences ont développé mon envie de faire également du théâtre dehors et en ont confirmé la possibilité. Le récit qui m’accompagne depuis l’enfance et duquel je désire m'inspirer est l’Odyssée d’Homère. Tous ces accostages (docking en anglais, d'où le nom de ma compagnie) sur les plages, toutes ces rencontres fabuleuses, tout ce périple sur la mer ont de quoi alimenter un "théâtre de plage". C'est le chant VI qui me parle et me touche le plus, où Ulysse, ayant tout perdu, reconquiert pleinement son identité juste avant son retour chez lui. J'aimerai pouvoir dégager de ce passage ce qu'il a d’universel. C'est avec ce que j'ai pu expérimenter à la FAI AR comme acteur, sur la dérive d'un naufragé dans différents types d'espaces publics (plage, ville, montagne) que le projet RETOUR a trouvé sa forme. Il s'agit de situer mon personnage sur le lieu de son échouage : la plage. Le spectacle commencera le matin par l'arrivée d'Ulysse sur le sable et se terminera au coucher du soleil par son départ lorsqu'il reprend la mer.
Investir la plage et en faire un espace poétique. Confronter la dimension mythique du personnage d'Ulysse au quotidien d'une journée de plage ; tels sont mes objectifs. Pour commencer à écrire, je cherchais un crayon. Selon la prophétie que Tirésias, Ulysse devra repartir de Ithaque, une rame sur l'épaule pour se faire pardonner de Poseïdon d'avoir crevé l'oeil de son fils, le Cyclope. Bon sang, mais c'est bien sûr ! Une rame ! Elle sera à la fois ce crayon et ma partenaire de jeu. (...) je vais pouvoir poursuivre tout au long de cette année cette recherche en résidences d'écriture. Je serai entre le 15 avril et le 31 mai à l'Avant Rue à Paris, ainsi qu'à La Chartreuse de Villeneuve lez Avignon, Centre national des écritures du spectacle entre le 1er et le 12 octobre.
Cyril Lévi-Provençal
Premier synopsis
RETOUR / NOSTOS
Théâtre de plage
Le nostos est un des mots clés de l’Odyssée, un de ceux qui y reviennent périodiquement et qui signifie le désir du retour en grec ancien. C’est un mot qui n’a pu naître que chez un peuple de marins, de gens passant leur vie loin de chez eux, et qui, un jour, désirent ardemment retrouver leur foyer, leur patrie.
...du lever du jour au coucher du soleil et au delà dans la nuit...
...et ainsi d’autres jours et d’autres nuits...
il arrive par la mer il porte une rame il se laisse tomber sur la plage
il regarde où il est il découvre un espace inconnu
il scrute autour de lui il touche le sable il goûte l’eau il renifle quelques déchets il écoute les
bruits il a soif il a faim
il va sa rame sur l’épaule à la rencontre des gens sur la plage
il a perdu son bateau et ses compagnons
il se croit Ulysse il revient à la réalité
il raconte qu’il est sur la route du retour vers les siens qu’il a quitté
il n'a plus rien
il doit reconstruire une embarcation avec les rebuts qu’il trouve sur la plage pour reprendre la
mer il convainc
certains de l'aider
En quel pays, au milieu de quels humains me voilà revenu ?...
Chez un peuple sauvage, des bandits sans justice ou des gens accueillants qui respectent les Dieux?… Serais-je arrivé
chez des hommes qui parlent ?…
La présentation de Cyril Lévi-Provençal sera suivie par une lecture:
Nadine Agostini lira son texte
"Un autre Ulysse",
paru aux éditions Contre-Pied en 2011
Extrait
comment je fais sans mes deux faces pour ma tête tenir droite
à qui je parle quand je me parle à qui je pense et puis
combien d'Ulysses où vas-tu mon amour combien
d'Ulysses dans cette histoire combien de marins combien
de capitaines j'osais maria-t-elle
elle perd les équipages combien
d'histoires dans cette histoire faut changer de
registre et puis de
personnage
hep! Peinéelope!
étoffe-moi ce texte
Deux rencontres avec la cie Artscénicum
en résidence d’écriture « arts de la rue »
pour
Les pieds « tanqués » de Philippe Chuyen
Pièce en 13 points à jouer sur un terrain de boules
Mercredi 21 mars, 15h
Répétition publique
boulodrome du Square Aristide Briand, avenue Louis Curet
La Seyne-sur-Mer
Vendredi 23 mars 2012, 19h
Sortie de résidence
La cie Artscénicum lit
Les pieds « tanqués » de Philippe Chuyen
avec Sofiane Belmouden, Philippe Chuyen, Gérard Dubouche, Thierry Paul
et Jean-Louis Todisco
Les Chantiers de la Lune
31, Place Benoît Frachon
La Seyne-sur-Mer - 04 94 06 49 26
Quatre personnages, joueurs de pétanque, sont en scène dans cette partie de boules de tous les dangers : un Français rapatrié d’Algérie, un Français de la 2ème génération issue de l’immigration algérienne, un Français provençal de « souche », un Francilien fraichement arrivé en Provence.
Chacun des personnages aura sa propre revendication identitaire et territoriale, chacun d’eux aura sa déchirure secrète et un lien avec les évènements d’Algérie, chacun livrera sa vérité. Ils s’opposeront ou se ligueront, mais chacun aura à coeur de continuer et finir cette partie qui les lie et les rassemble au delà de tout.
Extrait
Zé (après que Yaya ait joué et ait mis un beau point)
Bien joué mon petit… (Au Parisien) Heureusement qu’on leur a
appris à ceux là… Hein ?
Yaya
Mais pour compter les points Zé, c’est nous qu’on vous a appris
les chiffres, non ?
Zé
C’est nous qu’on… A ti ‘es fort toi !... En tout cas c’est pas nous
qu’on vous a appris à parler, hein ?
Yaya (avant de jouer)
C’est à Toulon que j’ai appris les boules, j’ suis pas né à Bâb El
Oued moi…
Zé
Oui Alger, mais à Belcourt mon ami, pas à Bab El Oued… Alger,
quartier Belcourt !
(Puis pour se rendre intéressant) Et à deux pas d’chez Camus.
Le Provençal (pour lui)
C’est reparti…
Yaya (dubitatif)
Ah parce que tu l’as connu ?
Zé
Ma mère l’a connu.
Yaya
Ah ta mère…
Le Parisien (admiratif)
Albert Camus !
Zé (fier)
Oui M’sieur.
Yaya (pensif)
Camus, … celui qui s’est tu.
Zé
Hein ?
Yaya
J’ai dit Camus celui qui s’est tu !
Un temps
Zé
Tu-é, tu veux dire tué ? ... Oui il s’est tué en voiture. 4 janvier
1960 à Sens, région parisienne, un putain de tronc d’arbre est
venu frapper sa voiture… Mort sur le coup mon Albert.
Yaya
Non je voulais dire … sur son pays il s’est tu. Pas à cause du
tronc d’arbre.
http://www.franceculture.fr/emission-sur-la-route-la-«-nostalgerie-»-des-pieds-noirs-de-toulon-2012-03-16
16 mars 2012, 19h :
Alexis Ragougneau
lit des extraits de ses deux pièces
Kaiser et Notre Père
(L'Amandier, 2011)
Les Chantiers de la lune - 31, Place Benoît Frachon
La Seyne-sur-Mer - 04 94 06 49 26
Kaiser et Notre Père sont deux pièces documentées, deux fictions reposant sur des faits historiques, bien réels.
Dans Kaiser, Alexis Ragougneau revient, à travers le parcours (1874-1899) des deux frères Kaiser, fils d' un artisan-boucher immigré bavarois, sur la fondation à Chicago des premiers abattoirs géants : 12 000 employés sur seize hectares, 1 000 cochons tués à l' heure, 6 000 bovins chaque jour, 3 000 moutons.... L' invention à la fin du XIXème siècle de cette première chaine de « démontage » transformera radicalement la manière de travailler et de se nourrir du monde occidental. Copiée par Ford, elle préfigure sous certains côtés l'entreprise nazie de liquidation industrielle. Six personnages emblématiques : Joseph, l'inventeur visionnaire;
Herman, son publicitaire de frère; Krikorian, un comptable tuberculeux qui rêve de retourner en Arménie; Pinkerton, l'homme de main qui neutralise la concurrence et les grévistes; Russell Gatling, un prédicateur évangéliste; Jezabel, une prostituée qui sera mangée de l'intérieur par l'enfant vorace conçu avec Joseph.
Extrait
Joseph : Tu veux faire voir notre abattoir comme ces musées remplis de peintures?
Herman : Non, grand frère... comme une vision du futur.(...) Ils ne retiendrons pas ce qu'ils verront mais ce que nous leur dirons. Crois-moi, Jo, tout est une question de présentation. Ils ne regarderont pas une rivière charriant du sang mais un fleuve coulant à flots vers l'avenir. Car sur les portes des abattoirs, grand frère, sur les hachoirs, les assommoirs, sur les crochets et les marteaux de nos bouchers, en lettre immenses d'au moins vingt pieds de haut j'aurai pris soin d'inscrire le mot MODERNITÉ
Notre Père, est, elle aussi, une fiction, s'inspirant d'une histoire vraie, celle de la vie du mexicain Marcial Maciel Degollado, (1920-2008), fondateur en 1941 de La Légion du Christ, très riche et puissante congrégation, couvrant toute l' Amérique du Sud (700 prêtres, 3 000 séminaristes).
Reconnu par Pie XII, très proche de Jean-Paul II, Degollado fut protégé de nombreuses années en dépit des graves accusations de pédophilie, séquestration de séminaristes, trafic de drogue, portées contre lui dès 1948. En 1994, de nouveaux témoignages contre lui amenèrent une enquête qui conduisit le pape Benoît XVI à l'obliger à se retirer et à le désavouer en 2006. Ce n'est qu'en 2010, que La Légion du Christ, suite à des révélations du New York Times, reconnaîtra la double vie de son fondateur. L'affaire décrite dans Notre Père va bien au delà du simple fait divers, repoussant à des limites exceptionnelles le contraste entre les apparences et la réalité, entre l'ombre et la lumière.
Extrait
Quand tout était fini, quand il s'était calmé, il me disait de ne pas m'inquiéter. Qu'il avait eu la permission spéciale du pape pour faire ce qu'il venait de faire. Il me disait d'aller me reposer. Il me disait : "Demain tu te lèves tôt, retourne dormir vite, mon Arturo." Et puis il remontait dans son bureau. Parfois, plus rarement, cela se passait dans la sacristie, en pleine journée, généralement quelques minutes avant la messe.
Né en 1973, Alexis Ragougneau a publié trois autres pièces: Krankenstein (La Fontaine, 2010) inspirée du personnage de Mary Shelley; Les îles Kerguelen, basée sur la vie du navigateur breton qui, en 1772, découvrit l'archipel qui porte son nom; Bastringue, histoire d'un soldat français défiguré en 1917 et qui devient une icône du cinéma expressionniste allemand. (L'Amandier, 2009)
Vendredi 24 février 2012, 19h
Antonella Fiori
lit sa pièce inédite
Nietzsche dans le souterrain
&
Jérémy Beschon
lit sa pièce
Baraque de foire (ABC éditions, 2012)
Les Chantiers de la lune,
31, place Benoît Frachon
Rencontres avec Antonella Fiori et Jérémy Beschon, deux auteurs vivant à Marseille.
Antonella Fiori est lauréate du prix de poésie de la ville de Marseille en 1997. Ses textes sont publiés dans des revues : Incidences, Haïku sans frontières, Poste Restante, Aléatoire, Edidinter, Poésie Première, La Plume, La Cause des Causeuses, Squeeze, etc. Depuis 1997, elle s'intéresse à la poétique du graffiti. http://plaques-sensibles.com
Chaque semaine, elle anime sur ce sujet une chronique dans l'émission Radiodiction. En 2011, elle met en ligne son travail de recherche sur la mémoire ouvrière du quartier de Riaux à l'Estaque en créant le site http://www.riotinto.fr. Nietzsche dans le souterrain est le monologue d'une femme qui s'appelle Madeleine et qui n'a jamais lu Proust.
Extrait
Et puis, je dis : arrête de jouer les connasses névrotiques, tu veux ! La rue est déjà pleine de gens fous et emmerdants, pas la peine d'en rajouter ! La vaisselle du dîner n'est pas faite ! Tu as besoin de te laver. La cendre de ta cigarette tombe sur la table. Tu es ivre. Tes mains tremblent. Tu n'as pas perdu ton boulot. Ta vie n'est pas un désastre. Tu es une ratée par définition puisque tu as un job de ratée. N'empêche, tu n'es pas une crétine ! D'accord, tu as l'impression de t'être engagée dans une galère de plus en plus sombre. Mais peut-être que tu n'es pas la seule à avoir cette impression ? Peut-être que tu es esclave de ta propre logique ?
Ça rend un peu dingue une vie comme la tienne. Et il faut être plus qu'une dingue pour rester enfermée, comme tu le fais, à contempler ton passé ! Les ordures, on peut toujours les revendre.
La merde, elle trouve toujours un preneur. Les restes, quelqu'un peut encore les acheter. Mais toi, toi qui observe cette décomposition, tu es obligée de penser à ta vie. D'accord, personne ne parle d'avenir. Tout a déjà eu lieu. Les évènements se sont épuisés. C'est une agonie tranquille. Tout le monde veut savoir comment c'était pour de vrai, parce que tout le monde a peur, tu comprends ? Personne ne nous a rien dit. On nous a esquintés sans prévenir, tu piges ?
Maintenant, on est comme des vieux gosses. On peut aller se faire foutre, se casser ou rester tranquille. Sauf que parfois, il y a un espoir que quelque chose ou quelqu'un...
Auteur et metteur en scène, Jérémy Beschon est membre du Collectif Manifeste Rien.
http://manifesterien.over-blog.com/ Avec Jean Battiste Couton, il a écrit "Farce" et "Infrabasse". Avec la comédienne Virginie Aimone, il adapte pour la scène des œuvres de sciences humaines, comme "Une Histoire Populaire des Etats-Unis" de Howard Zinn ; "Le Massacre des italiens" de Gérard Noiriel ; "La Domination Masculine" de Pierre Bourdieu et Tassadit Yacine-Titouh, "Histoire universelle de Marseille" de Alèssi Dell' Umbria. Sa pièce Baraque de Foire a obtenu une bourse du Centre national des Lettres. Elle sera publiée en mars 2012 par les éditions ABC (Ah! Bienvenus Clandestins!). Elle se déroule en partie sur un plateau de télévision où a lieu la cérémonie de remise des Art & Bizness Awards.
Extrait
Scène 5
Retour au plateau télé.
Remise des Art et Bizness Award européen.
LE PRESENTATEUR : Bonsoir aux téléspectateurs et téléspectatrices qui nous ont rejoint…
Nous avons le bonheur d'être ensemble ce soir pour remettre le grand prix du Art & Bizness
Award européen… Nous sommes ici pour célébrer les visionnaires de notre temps…
récompenser ceux qui poursuivent cette ère merveilleuse de la politique culturelle européenne…
et j'appelle pour remettre le Art & Bizness Award, l'illustre co-fondateur des Nuits mortes,
Monsieur le Maire.
Le Maire entre sous les applaudissements.
LE MAIRE : Merci… Bonsoir… J'aimerais rappeler, en quelques phrases, les valeurs de Art &
Bizness Award…
LE PRESENTATEUR : En quelques phrases monsieur le Maire, n'oubliez pas, quelques
phrases… Rires et applaudissements.
LE MAIRE : L'art est devenu partie intégrante de la Responsabilité sociale des entreprises. L'art en est l'instrument privilégié. L'art est à la fois (il énumère avec ses doigts, commence avec le pouce): vecteur de communication ; outil de management ; support indispensable de l'éducation… (il referme son poing): L'art travaille à la cohésion sociale nécessaire à des performances économiques durables.
15 février 2012, 15h
Bibliothèque de théâtre A Gatti
5, place Martel Esprit
La Seyne-sur-Mer
17 février 2012, 19h
Les Chantiers de la Lune
31, place Benoît Frachon
Sortie de résidence d'écriture:
la cie Mistral gagnant
présente son projet
Aux arbres, citoyens!
Basée dans le Gard, la compagnie Mistral Gagnant conçoit ses spectacles pour être joués dans les jardins, les parcs : son sujet principal d'inspiration est la Nature .
Après un spectacle autour de l'entomologiste Jean-Henri Fabre ("le Virgile des insectes"), un autre sur Colette (d'après "Pour un herbier"), un troisième sur Jean-Jacques Rousseau (promeneur passionné de botanique), elle a choisi de s'intéresser à la thématique de l'arbre dans l'oeuvre d'Armand Gatti.
Du 4 au 18 février 2012, Pauline Tanon, metteur en scène et porteuse du projet, vient travailler à la bibliothèque Armand Gatti, à un texte intitulé "Aux arbres citoyens !", adapté de deux livres d'Armand Gatti, parus chez Verdier : La Parole errante (1999) et Les Arbres de Ville-Évrard lorsqu'ils deviennent passage des cigognes dans le ciel (2009).
Deux rencontres publiques sont prévues, avec la participation de deux membres de l'équipe de création : Hervé Bourde, saxophoniste, compositeur de la musique du spectacle et Ghyslaine Gau, danseuse et comédienne.
Si la météo le permet, une répétition publique aura lieu, en plein air le mercredi 15 février à partir de 15h, devant la bibliothèque, sur la place Martel-Esprit; une restitution de l'avancement du projet sera faite le 17 février 2012, 19h, à l'intérieur du restaurant-galerie Les Chantiers de la Lune.
Mardi 24 janvier 2012, 19h
Jean-Pierre Siméon
lit des extraits de deux de ses pièces
Témoins à charge (2007) et Le Testament de Vanda (2009 )
publiées par Les Solitaires intempestifs
Jean-Pierre Siméon (né en 1950) est d'abord un poète; une grande partie de son oeuvre est publiée par Cheyne (Chambon-sur-Lignon). C'est aussi un homme de théâtre.
Suite à l'invitation de Christian Schiaretti en 1996, il poursuit avec lui, comme poète associé, à La Comédie de Reims puis maintenant au Théâtre National Populaire (TNP) de Villeurbanne, un questionnement sur la langue.
Cette rencontre l'a amené à renouer "les liens consanguins" entre théâtre et poésie, à réaffirmer qu' "au théâtre c'est la langue qui doit faire spectacle, principalement. (...) La langue du théâtre est poétique ou elle n'est pas."
Cette recherche a débouché sur l'écriture d'une dizaine de pièces, publiées par Les Solitaires intempestifs. D'entre les morts et Stabat Mater Furiosa en 1999, Le Petit Ordinaire en 2000, La Lune des pauvres en 2001, Philoctète en 2009, avec Laurent Terzieff dans le rôle titre, ont été
mises en scène par Christian Schiaretti.
Au cours de la soirée, occasion de s'interroger avec lui, (Quel théâtre pour aujourd'hui ?), Jean- Pierre Siméon lira des extraits de deux de ses pièces. Témoins à charge ou la comparution
d'Éros et de Thanatos devant les hommes est une oeuvre chorale constituée de trente courts
monologues (des "minilogues").
Le Testament de Vanda est le monologue d'une jeune femme étrangère: elle s'adresse à son bébé, Belette, avec qui elle est enfermée dans un centre de rétention français.
Incipit
attention je vais commencer à parler je
vais parler cette fois oui ça
va venir va être d'un coup
faudra pas m'arrêter Belette pas
de cris pas de pleurs rien j'ai
tu j'ai tout tu tout le temps
pour toi Belette j'ai fait ça j'ai
su taire faire l'effort affreux
souvent j'ai mis le poing dans la bouche
mais je vais commencer à parler et
comment ça s'arrête? ça s'arrête pas
s'arrêtera pas comment arrêter toi
que tu pleures quand tu veux rien que boire?
ça s'arrête pas ça s'arrêtera avec
moi ma vie avec ma vie c'est bientôt
pas besoin de comprendre tu aurais
dix ans vingt ans ça serait pareil
je te dirai pareil il n'y a rien
à comprendre n' y a qu'à entendre
faut entendre c'est tout Belette
c'est comme le vent peut être
Mardi 24 janvier 2012, 19h
Les Chantiers de la Lune
31, Place Benoît Frachon
La Seyne-sur-Mer. Entrée libre.
Possibilité de dîner sur place après la lecture
en réservant au 04 94 06 49 26.
La rencontre avec Jean-Pierre Siméon se poursuivra en avril à Hyères et à Toulon. La compagnie de l'Écho organise, durant deux jours, une manifestation sur Jean-Pierre Siméon: 14 avril 2012, 17h, médiathèque de Hyères, inauguration de l' exposition consacrée à Jean-Pierre Siméon, suivie à 20h30, au théâtre Denis, du spectacle "Le Cabaret de la vie", mise en scène par Michel Bruzat; 15 avril, 20h30, théâtre Denis, Hyères rencontre avec Jean-Pierre Siméon. À Toulon, (CREP des Lices), la compagnie Le Bruit des Hommes jouera " La Lune des pauvres ", les 19-20-21 avril, 21h.
Vendredi 16 décembre 2011, 19h:
Jean-Pierre Thiercelin
lit
"Puzzle-Mémoire"
Depuis le 14 octobre 2011, sur l'invitation de la Bibliothèque de théâtre Armand Gatti, Jean-Pierre Thiercelin est en résidence à La Seyne-sur-Mer pour l'écriture d'une pièce de théâtre intitulée "Puzzle-Mémoire".
Au cours de ces deux mois de résidence, l'auteur aura multiplié les rencontres dans différents quartiers de la ville, sur le marché, dans les magasins, les bars ou sur la plage. Il a visité l'exposition "Nous, venus d'ailleurs. Immigrer, vivre et travailler à La Seyne-sur-Mer de 1945 à nos jours", assisté au colloque "Que nous dit le paysage ?", vu des spectacles au Café Théâtre 7ème vague et à l'espace culturel Tisot...
Il a donné deux lectures de l'une de ses pièces, "De l'enfer à la lune" (aux Chantiers de la Lune et à l'espace Tisot), est intervenu dans un atelier d'écriture (Bibliothèque Le Clos Saint-Louis), dans un club-lecture (Bibliothèque du centre-ville), a rencontré des élèves de CM1-CM2, des collégiens, des lycéens apprenant l'allemand ou participant au Concours de la Résistance.
Il a tenu une chronique de son séjour, intitulée Au fil de La Seyne, qu'on peut lire sur internet, dans la revue numérique Billet des Auteurs de théâtre (BAT). http://www.lebilletdesauteursdetheatre.com/fr/Accueil.html
Il a eu également le plaisir d'apprendre que l'un de ses textes, était édité par la Revue des Deux mondes : "Encore un pas", écrit dans le cadre d'un projet sur la grotte Chauvet, initié par Roger Lombardot et réunissant 33 auteurs (33 000 ans, 33 000 mots).
Jean-Pierre Thiercelin a surtout consacré l'essentiel de son temps à l'écriture de Puzzle-Mémoire, pièce-retable composée de cinq courtes pièces sur le thème de la mémoire, dont il lira des extraits la veille de son départ :
Vendredi 16 décembre 2011, 19h
Les Chantiers de la lune
31, Place Benoît Frachon
La Seyne-sur-Mer. Entrée libre.
Possibilité de dîner sur place après la lecture
en réservant au 04 94 06 49 26.
9-10 décembre 2011
Présence d'Armand Gatti
Inauguration des nouveaux locaux de l'association Orphéon Compagnie Théâtre intérieur - Bibliothèque de théâtre Armand-Gatti
Armand Gatti était présent en octobre 2000, lors de la première naissance de la bibliothèque de théâtre qui porte son nom. Il avait lu une pièce écrite pour l'occasion : “Possibilités du rayonnement fossile pour que la Rose Blanche soit, sur les murs du Pentagone d’Arras, le sourire des mots de Goethe”. En mai 2003, il venait y lire "Didascalie se promenant seule dans un théâtre vide". En mars 2007, il avait lu en plein air, à Signes, devant la ferme des Résistants du plateau de Siou Blanc, "Les cinq noms de Résistance de Georges Guingouin".
Armand Gatti sera présent, les 9 et 10 décembre 2011, à La Seyne-sur-Mer, à l’occasion de l’inauguration des nouveaux locaux de la bibliothèque, 5 place Martel-Esprit.
À la rencontre d'Armand Gatti
Sauveur-Dante Gatti, dit Armand Gatti, est né le 26 janvier 1924, à Monaco, dans une famille d'immigrés italiens. Son père, Augusto, était balayeur et anarchiste, sa mère, Letizia, femme de ménage et franciscaine. Résistant en 1942 dans la forêt de la Berbeyrolle (Corrèze), médaillé à la Libération au titre d'engagé volontaire, journaliste (Prix Albert Londres), dramaturge (ses premières pièces ont été créées par Jean Vilar), cinéaste (Prix de la critique au Festival de Cannes pour « L’Enclos », en 1961), poète, Armand Gatti, au croisement de plusieurs disciplines, ouvre le champ des possibles.
Le Ministère de la Culture lui a décerné le Grand Prix National du Théâtre, en décembre 1988. Il est Chevalier de la Légion d’honneur (1999) et Commandeur des Arts et des Lettres (2004). En 2007, sa pièce Le Passage des oiseaux dans le ciel a été lue à la Comédie-Française par les comédiens de la Troupe. Il vit à Montreuil, à côté des anciens studios de Méliès, dans la maison de "l'arbre " et de "La Parole errante".
http://www.armand-gatti.org/
Vendredi 9 décembre 2011, 19h
Les Chantiers de la lune - 31, Place Benoît Frachon
La Seyne-sur-Mer - 04 94 06 49 26
Armand Gatti
lit
Révolution culturelle, nous voilà!
extrait de "La Traversée des langages"
à paraître, chez Verdier en 2012
Avec ce poème, lu pour la première fois en novembre 2009 à la Maison de la poésie (Paris), Armand Gatti nous emmène dans sa Longue Marche, à travers le siècle : du Chiapas de Marcos au Berlin de Rosa Luxemburg et de La Rose blanche, du Brabant Wallon à l'Irlande, de la Chine à Cuba où il réalise son film "El Otro Cristobal", de la forêt de Gubbio où un loup converse avec Saint François d'Assise au bureau d'André Malraux qui lui confie: "L'heure est toujours au combat, et nous sommes les seuls à appeler la guerre d'Espagne, Espoir."
Jeune homme de 87 ans, Gatti ne lâche rien, ni ses morts, ni son goût pour les idéogrammes et le kung fu. Lecteur de la cabale et du Livre des mutations, fin connaisseur d'Évariste Galois et de la théorie des quantas, Gatti, poète d'une révolution par les astres, invite à gravir les hauteurs du mont Ceceri, qui surplombe Florence, là où Léonard de Vinci puis Carlo Cafiero ont rêvé, en regardant le vol des oiseaux.
10 décembre 2011, 11h
Inauguration des nouveaux locaux d'Orphéon - Théâtre intérieur - Bibliothèque de théâtre Armand-Gatti
5 place Martel-Esprit, La Seyne-sur-Mer (Var)

La place Martel-Esprit est située en centre-ville, à 100 mètres de l'Hôtel-de-Ville. Elle est à l'emplacement du port primitif de La Seyne, appellé "Lou radet". Elle porte le nom de Martel Esprit, maire de la ville en 1865, lors de l'épidémie de choléra.
La maison, située 5 place Martel-Esprit, a été construite sur pilotis. Au début du XXème, elle accueillait une imprimerie. Elle vient d'être rénovée par la ville de La Seyne-sur-Mer, dans le cadre de la réhabilitation du centre-ancien. Elle est d'une superficie de 200 m2, répartis sur 3 niveaux, reliés par un escalier (sans
ascenseur).
Au rez-de-chaussée, seront installées la bibliothèque de théâtre Armand-Gatti et sa réserve. Au premier étage, une salle de consultation et de réunion, les bureaux d'Orphéon. Au dernier étage, un appartement, doté de deux chambres, est destiné à accueillir spécifiquement, lors de résidences d'écriture, des auteurs écrivant pour le théâtre, les arts de la rue ou le cirque.
Ce nouveau lieu vient compléter ceux existant à proximité : Maison de l'Image, Maison du Patrimoine (place Bourradet), les Beaux Arts (rue de Messine). Il sera amené à travailler en partenariat avec les bibliothèques municipales de la ville, le Conservatoire national à rayonnement régional, le Pôle Cirque ... présents dans d'autres quartiers de La Seyne et aussi avec les équipements culturels du territoire de TPM.
Il est desservi de Toulon par bateau : ligne maritime Toulon-La Seyne.
http://www.la-seyne.fr/joomla/accueil/actualites/1917-bibliotheque-de-theatre-armand-gatti.html
Porte ouverte jusqu'à 17h
Exposition-parcours - "La bibliothèque d'Armand Gatti"
Pour cette journée particulière, la maison sera ouverte jusqu'à 17 heures. Avant le déménagement des 10.000 livres de la bibliothèque de théâtre Armand-Gatti, l'installation des bureaux, l'aménagement de l'appartement destiné aux résidences d'auteurs, il vous sera possible de découvrir ce lieu réhabilité, "vide", "nu", sans mobilier mais pas sans livres : seront uniquement exposés les livres publiés par Armand Gatti, tous ceux aussi qui l'ont nourri depuis sa jeunesse maquisarde (Rimbaud, Michaud, Gramsci, Aboulafia, Tchouang-tseu...) ainsi que des sérigraphies de La Parole errante.
Occasion rare de voyager sur 3 niveaux dans "la bibliothèque d'Armand Gatti" avant qu'elle ne devienne la bibliothèque de théâtre Armand-Gatti.
6, 9 et 29 novembre, 8, 13 et 16 décembre 2011
Six rencontres avec Jean-Pierre Thiercelin
Dans le cadre de sa résidence d'écriture à La Seyne-sur-Mer pour son projet " Puzzle- mémoire ", organisée par la bibliothèque de théâtre Armand Gatti, Jean-Pierre Thiercelin vous donne six rendez-vous.
6 novembre 2011, 1h du matin
France Inter diffuse dans le cadre de "Au fil de l'histoire" " La face cachée de la lune ou l'irrésistible ascension de Werhner Von Braun " pièce radiophonique de Jean-Pierre Thiercelin à écouter / podcastable
http://www.franceinter.fr/emission-au-fil-de-l-histoire-la-face-cachee-de-la-lune-ou-l-irresistible-ascension-de-wernher-von-b
9 novembre 2011, 19h
Jean-Pierre Thiercelin
lit sa pièce
De l'enfer à la lune (L'Amandier, 2005)
Les Chantiers de la lune - 31, Place Benoît Frachon
La Seyne-sur-Mer - 04 94 06 49 26
Le théâtre, lieu de mémoire, interroge ici une zone d'ombre de la conquête du ciel. «De l'enfer à la lune» … ou comment l'aventure de la conquête spatiale américaine conduite par le transfuge nazi Wernher von Braun prend racine dans les expériences qu'il a dirigées de 1943 à 1945 dans le camp de concentration de Dora...
Fils de résistant déporté à Dora, Jean-Pierre Thiercelin, comédien et auteur de théâtre, a tout naturellement fait appel à la scène pour rendre hommage à son père et à ses compagnons de souffrance. Pour conter «l'indicible histoire» sous le double regard des témoins et des enfants, la pièce «De l'enfer à la lune» évoque par la magie du théâtre, du cirque et du music-hall le cynisme d'un mal absolu toujours prêt à resurgir.
http://www.lebilletdesauteursdetheatre.com/index.php?resonances2&id=11
29 novembre 2011, 18h-20h
Rencontre avec Jean-Pierre Thiercelin
sur le thème "Mémoire, création, transmission"
Bibliothèque du Centre-ville
3, rue François Croce, La Seyne-sur-Mer
Tel: 04 94 87 39 59
8 décembre 2011, 19h
Jean-Pierre Thiercelin
lit sa pièce
De l'Enfer à la lune (L'Amandier, 2005)
Espace Tisot - avenue Jean Bartolini, Quartier Berthe
La Seyne-sur-Mer - 04 94 30 61 85
13 décembre 2011, 18h30 -20h30:
atelier d'écriture avec Jean-Pierre Thiercelin
sur le thème "Mémoire, création, transmission"
Bibliothèque Le Clos Saint-Louis,
Avenue Henri-Guillaume, Tamaris
La Seyne-sur-Mer 04 94 16 54 00
16 décembre 2011, 19h:
Jean-Pierre Thiercelin lit "Puzzle-Mémoire"
Les Chantiers de la lune - 31, Place Benoît Frachon
La Seyne-sur-Mer - 04 94 06 49 26
Samedi 18 juin 2011, 18h :
Orphéon Théâtre intérieur lit
Femme non-rééducable de Stefano Massini
traduit de l’italien par Pietro Pizzuti
(L’Arche, 2011)
Bibliothèque de théâtre Armand Gatti
38, rue François Villon, La Seyne-sur-Mer.
04 94 28 50 30 Entrée libre.
D’octobre à mai, la bibliothèque de théâtre Armand Gatti a eu le plaisir d’accueillir neuf auteurs de théâtre : Sabine Tamisier, Francine di Mercurio, Marion Aubert, Enzo Cormann, Stéphanie Marchais, Claudine Galea, Natacha de Pontcharra, Juan Mayorga, Christophe Pellet.
Neuf rencontres avec des auteurs qui ont lu des pièces inédites ou récemment éditées, ont parlé de leur travail de dramaturge.
La lecture de « Femme non-rééducable » de Stefano Massini vient clore le programme de la saison 2010-2011.
L’auteur est italien, le traducteur belge. La pièce, écrite à partir d’extraits d’entretiens, de lettres, de morceaux de reportages, entre dans la catégorie du « théâtre documentaire ». Comme l’indique son sous-titre, il s’agit d’un « mémorandum théâtral ». Le texte parle du destin d’une journaliste russe, assassinée le 7 octobre 2006 dans l’ascenseur de son immeuble à Moscou. Anna Politkovskaïa avait couvert la guerre en Tchétchénie ; elle avait été la première à raconter les tortures et les viols dans les montagnes tchétchènes, à dénoncer des faits de corruption dans l’armée russe. En 2002, elle avait été témoin de la prise d’otages du théâtre Dubrovka. En 2004, elle avait été empoisonnée dans l’avion qui la transportait à Beslan (Ossétie), où avait lieu une prise d’otages dans une école. Finalement, elle sera tuée de quatre balles, dont une dans la tête.
Incipit de FEMME NON-RÉÉDUCABLE
PROLOGUE
Cette histoire pourrait commencer de mille façons.
Par exemple par un nom.
Vladislav Sourkov.
Ce monsieur fait partie du bureau de la Présidence russe.
Le Kremlin lui accorde toute sa confiance.
On l’écoute.
En 2005
Sourkov écrit textuellement
Dans une circulaire interne
« Les ennemis de l’État se divisent en deux catégories :
ceux que l’on peut ramener à la raison et les incorrigibles.
Avec ces derniers, il n’est pas possible de dialoguer, ce qui les rend non
rééducables.
Il est nécessaire que l’État s’emploie à éradiquer de son territoire ces
sujets non rééducables. »
Cette lecture a lieu à l’occasion du festival l’ Europe des théâtres, initié par le réseau de traduction théâtrale Eurodram et la Maison d’Europe et d’Orient. Cette manifestation européenne a pour but de favoriser la circulation des oeuvres théâtrales hors de leurs frontières nationales « de réduire les préjugés envers les théâtres de certaines communautés, de susciter la curiosité du public et des professionnels, et de participer ainsi, à sa mesure, à la construction européenne. »
Du 3 au 28 juin, seront lues des pièces du biélorussien Pavel Priajko à Paris, du français Frédéric Sonntag à Copenhague, du macédonien Goran Stefanovski à Tbilissi, de la serbe Biljana Srbljanovic à Prishtina, de la polonaise Malgorzata Sikorski-Miszczuk à Bucarest, du kosovar Jeton Neziraj à Montreuil, du tchèque Zelenka à Madrid, de la macédonienne Zanina Mircevska à Rouen, et de bien d’autres auteurs encore à Angoulême, Athènes, Chisinau, Genève, Grenoble, Grozny, Istanbul, Kiev, Londres, Minsk, Montpellier, Mostar, Nazran, Nicosie, Ostrava… Le paysage dessiné sera l’occasion d’un nouvel aperçu de l'état de la traduction en Europe.
Mercredi 18 mai 2011, 19h :
Parcours d’auteurs
Rencontres croisées avec
Juan Mayorga – Christophe Pellet
Théâtre Denis, Hyères.
Entrée libre.
Cette soirée réunit deux protagonistes du théâtre européen d’aujourd’hui : Juan Mayorga et Christophe Pellet.
La rencontre avec les deux auteurs sera l’occasion de revenir sur leurs parcours. Elle sera ponctuée de lectures d’extraits de certaines de leurs pièces:
Himmelweg, Hamelin, La Tortue de Darwin de Juan Mayorga
et
Le Garçon girafe, Loin de Corpus Christi, La Conférence de Christophe Pellet.
Juan Mayorga est né en 1965 à Madrid. Il enseigne la dramaturgie et la philosophie à la Real Escuela Superior de Arte Dramatico de Madrid, fondée en 1831.
Son oeuvre théâtrale est publiée chez Les Solitaires intempestifs
- Lettres d’amour à Staline, 2011
- La Paix perpétuelle, 2010
- La Tortue de Darwin, 2009
- Le Garçon du dernier rang, 2009
- Les insomniaques - Copito ou Les derniers mots de Flocon de Neige, le singe blanc du zoo de Barcelone, 2008
- Hamelin, 2007
- Himmelweg, 2006.
Lettres d'amour à Staline de Juan Mayorga est joué, dans une mise en scène de Jorge Lavelli, au Théâtre de la Tempête (Paris) du 29 avril au 29 mai 2011.
Christophe Pellet est né en 1963 à Toulon. Il est diplômé de la FEMIS. Il a reçu, en 2009, le Grand Prix de Littérature Dramatique pour sa pièce La Conférence.
Il vit entre Berlin et Paris.
Son oeuvre théâtrale est publiée chez L'Arche :
- Qui a peur du loup ? 2010
- Un doux reniement - La Conférence - Le Garçon avec les cheveux dans les yeux, 2008
- Loin de Corpus Christi, 2006
- Eric Von Stroheim, 2005
- S’opposer à l’orage - Une nuit dans la montagne, 2003
- En délicatesse - Des jours meilleurs, 2001
- Le Garçon girafe, 2000
Christophe Pellet a traduit Atteintes à sa vie de Martin Crimp et Stroheim de Dimitris Dimitriadis.
Pour le cinéma, il est l’auteur et réalisateur de Soixante-trois regards, interprété par Mireille Perrier.
Qui a peur du loup?, créé en mars 2011 dans une mise en scène de Matthieu Roy, est actuellement en tournée, à l'Échangeur de Bagnolet du 28 avril au 6 mai, au CDDB de Lorient du 17 au 19 mai, à la Comédie de Reims du 24 au 28 mai 2011…
Christophe Pellet pour sa pièce Qui a peur du loup? (L'Arche, 2010) et Juan Mayorga pour sa pièce La Paix perpétuelle, traduite de l'espagnol par Yves Lebeau (Les Solitaires intempestifs, 2010) sont les deux lauréats du 8 ème prix de la pièce de théâtre contemporain pour le jeune public, organisé par la bibliothèque de théâtre Armand Gatti et l’Inspection Académique du Var, en liaison avec le Conservatoire national à rayonnement régional de Toulon-Provence–Méditerranée.
http://www.orpheon-theatre.org/bibliotheque/litteraire/prix_jp.htm
Samedi 23 avril 2011, 17h30 :
Prix Tartuffe 2010
Lecture, débat
autour de la censure, de l’autocensure, de la liberté d’expression
Bibliothèque de théâtre Armand Gatti
38, rue François Villon
La Seyne-sur-Mer.
Entrée libre.
Dans les démocraties comme dans les pays autoritaires, le combat pour la liberté d’expression est toujours d’actualité.
Si des évènements récents en Tunisie, Égypte ou l’affaire WikiLeaks ont attiré l’attention sur Internet, montré qu’il est devenu un nouveau champ de bataille où la censure se manifeste en noircissant les écrans, désactivant les mots, il ne faut pas oublier que le livre n’est pas un secteur à l’abri : malgré des siècles de lutte contre l’obscurantisme et les autodafés, auteurs et éditeurs continuent aujourd’hui à être victime d’attaques.
À l’occasion de la Journée mondiale du livre et du droit d’auteur promue par l’Unesco, la bibliothèque de théâtre Armand Gatti revient sur six livres édités récemment en France. Certains sont des essais, d’autres des oeuvres de fiction.
Leurs auteurs ont comme point commun d’être ou d’avoir été poursuivi en justice, ou d’avoir fait l’objet de sanctions disciplinaires.
Mediator 150mg, combien de morts ? d’Irène Frachon, prix Tartuffe 2010.
Publié le 2 juin 2010, cet essai était attaqué en justice cinq jours plus tard par le laboratoire pharmaceutique Servier, et son sous-titre censuré.
Dans son livre, le docteur Irène Frachon revient, sous la forme d'un journal, sur toutes les étapes d'une enquête de trois ans qui l'a conduite à devenir l'une des protagonistes à l'origine du retrait de ce médicament, le 30 novembre 2009. Brisant la chape de silence entourant un médicament toxique en vente depuis 1976, Irène Frachon a permis que soit enfin porté à la connaissance d'une majorité de citoyens un "désastre sanitaire" qui aurait fait entre 500 et 2.000 morts, et coûté entre 423 millions et 1,2 milliard d'euros de remboursement à la Sécurité sociale et aux mutuelles. Irène Frachon pose aussi notamment une question cruciale: celle de l'indépendance des dispositifs d'évaluation des médicaments, à l'heure "où diminue le financement public des activités de pharmacovigilance confiées dans des proportions croissantes aux compagnies pharmaceutiques".
Absolument dé-bor-dée de Zoé Shepard (Albin Michel, mars 2010).
Cette fiction, écrite sous pseudonyme, décrit, sur ton satirique, neuf mois de la vie d’une jeune administratrice territoriale (A+), travaillant dans le service «Affaires internationales et européennes» d’une mairie employant 700 personnes. Désespérée par l’incompétence de ses collègues et supérieurs, le népotisme du maire, la narratrice décidera de prendre un congé sabbatique et de partir en Afrique pour aider à la construction d’une école. Reconnue et dénoncée par un collègue de travail, l’auteure est sanctionnée le 30 août 2010 par le conseil régional Aquitaine pour "manquement à l'obligation de réserve et de discrétion qui incombe à tout agent public et comportement fautif à l'égard de sa hiérarchie". Elle est condamnée à quatre mois d'exclusion ferme sans traitement, ni droits à l'avancement.
Omerta dans la police de Sihem Souid (Le cherche midi, octobre 2010).
Dans ce livre autobiographique, Sihem Souid témoigne de son expérience d’adjoint de sécurité au sein de la Police de l'air et des frontières (PAF) de l'aéroport d'Orly. Elle dénonce les abus de pouvoir, la course au chiffre, les actes homophobes, sexistes, racistes qu'elle a constatés au sein de ce microcosme de 300 personnes. Elle a été suspendue quatre mois de ses fonctions, pour manquement à son "obligation de réserve", dans son livre et ses déclarations dans les médias, notamment sur les plateaux de télévision. Comme l'écrit Sihem Souid, « dans notre pays, il semblerait que le devoir de réserve du fonctionnaire soit supérieur au devoir de dénonciation d'une injustice par ce même fonctionnaire qui est également un citoyen ».
Les aventures de Saint-Tin et son ami Lou de Gordon Zola (Le léopard masqué, 2009-2010-2011).
Gordon Zola, est l’auteur de romans policiers parodiques “La lotus bleue”, “Le vol des 714 porcineys” ou “Le crado pince fort”, racontant les aventures du jeune journaliste Saint-Tin et de son ami Lou, un perroquet. À la demande de Moulinsart S.A., sociéte gérant les droits des héritiers du créateur du personnage de la bande dessinée Tintin, tous ses livres sont saisis par la police : il est condamné en juillet 2009, pour “parasitisme”, à payer 72.000 euros de dommages et intérêts. Finalement le 11 février 2011, la 2ème Chambre de la Cour d'Appel de Paris condamnera Moulinsart S.A. Elle souligne que "les romans incriminés tout en se nourrissant de l’oeuvre d’Hergé, savent s’en distancier suffisamment pour éviter tout risque de confusion, ne serait-ce que par la forme romanesque adoptée et les intrigues originales qu’ils décrivent".
Aux malheurs des dames de Lalie Walker (Parigramme, octobre 2009).
Suite à la parution de ce roman policier qui se passe à Paris dans le Marché Saint-Pierre, les dirigeants de la société Village d'Orcel, propriétaires du lieu, demandent l'interdiction du livre de Lalie Walker, deux millions d'euros de dommages et intérêts à l'auteur et à son éditeur, pour atteinte à la renommée de la marque. Ils ont été condamnés le 19 novembre 2010 à 3.000 euros pour "procédure abusive". Le tribunal a ainsi confirmé qu'on peut s'inspirer de lieux réels pour écrire une oeuvre de fiction, même un roman noir où se déroulent des crimes.
Sévère de François Jauffret (Seuil, mars 2010).
Huit mois après la sortie du roman, la veuve, les enfants, la soeur d'un banquier mort assassiné demandent le retrait du livre de tous les points de vente, l'interdiction de réédition et de cession de droits pour la télévision et le cinéma, pour « atteinte à la vie privée ». Ne mentionnant aucun nom, Sévère raconte la passion amoureuse à caractère sadomasochiste d’un riche homme d’affaires et de sa maîtresse qui finira par le tuer. Après deux livres d’enquête, une pièce de théâtre, Sévère est le quatrième roman inspiré par un fait divers survenu en 2005 : le corps de la victime avait été retrouvé attaché par des cordes et revêtu d’une combinaison en latex.
Créé en 2004 par Orphéon - Bibliothèque de théâtre Armand Gatti, l'Observatoire de la censure réunit des artistes, écrivains, éditeurs, programmateurs, bibliothécaires, journalistes...
C'est un lieu de réflexion et d'information sur la censure, l'autocensure et la liberté d'expression.
Il décerne chaque année le Prix Tartuffe à un écrivain ou artiste victime de la censure, ou à un livre qui défend la liberté d’expression; prix Tartuffe en souvenir de Tartuffe, pièce de Molière créée en 1644: autorisée par le pouvoir, elle avait été interdite après la première représentation.
Irène Frachon, avec Mediator, 150mg : combien de morts ? succède en 2010 aux Moustaches Brothers, à Emmanuel Pierrat, Bernard Joubert, Christian Salmon, Kurpreet Kaur Bhatti, la compagnie Cacahuète.
Samedi 9 avril 2011, 19h :
Natacha de Pontcharra
lit sa pièce
L’Angélie (Quartett, 2009)
Les Chantiers de la Lune, La Seyne-sur-Mer.
Entrée libre.
(Possibilité de repas après la lecture, sur réservation: 04 94 06 49 26)
Tu venais chaque matin t'asseoir près de moi, attraper mon poing fermé par le sommeil, et tu dépliais mes doigts un à un. Toujours tu trouvais dans ma paume une plume ou deux que tu retirais délicatement pour les fourrer dans un petit sac de toile accroché sous ta jupe, et tu disais "Tu as encore dormi avec les anges mon ange?"
Depuis trois semaines, Ziza, la mère de Victor, a disparu sans laisser de traces. Est-elle tombée dans l'étang, près duquel elle se promenait avec un chien jaune, comme le pensent ses camarades de travail, ouvrières dans une tannerie ?
Victor vient récupérer les affaires de sa mère dans la modeste chambre qu’elle occupait. Il découvre par hasard, caché dans le lit, un journal où elle consignait sa vie.
Plongée immédiate dans un autre monde, voyage dans un temps légendaire, qui éclairera Victor sur les circonstances mystérieuses de sa naissance.
Mais vint un soir, où un de nos hommes, Zakis mon père, au retour de la chasse, jeta dans la poussière sur les gibiers fumants, un étrange animal...
Écrit dans les années 80 sous la forme d’une nouvelle, L’Angélie devient dans les années 90 une pièce radiophonique, puis, en 1998, une pièce créée à La Chartreuse d’ Avignon dans une mise en scène de Lotfi Achour. L’Angélie connaît une nouvelle vie depuis l’édition du texte en 2009 par les éditions Quartett.
Écrit dans une langue poétique, ce conte intemporel a toutes les qualités pour devenir « un classique ».
Incipit de L’ANGÉLIE
SCÈNE 1 LES OUVRIÈRES / VICTOR
Dans une chambre, trois femmes en vêtements de travail sont en train d’ordonner la pièce. Un jeune homme, Victor, entre.
OUVRIÈRE
Nous sommes venus ranger ses affaires.
OUVRIÈRE
Trier, plier ses robes, faire de l’ordre.
VICTOR
De l’ordre ? Et pour qui de l’ordre ?
OUVRIÈRE
Pour les suivants. Cette chambre dès demain est louée à une autre ouvrière.
OUVRIÈRE
Le propriétaire se serait chargé de tout jeter.
Tu aurais dû toi-même t’en occuper.
OUVRIÈRE
Et cela ne remplira que quelques cartons.
OUVRIÈRE
Ta mère n’avait pas grand-chose.
VICTOR
Elle ne voulait rien de plus.
OUVRIÈRE
Ne reste pas les mains dans les poches. Aide-nous ou prépare du thé.
OUVRIÈRE
Victor secoue-toi. Nous l’aimions aussi.
OUVRIÈRE
C’était une drôle de femme ta mère. Drôle pour secrète. Des années passées à la même chaîne mais qui saurait dire d’elle autre chose que travailler, se taire, sourire.
OUVRIÈRE
Et qu’à demi les pieds sur terre.
OUVRIÈRE
Cet air des gens au travail d’un rêve. Regarde-moi Victor tu as ses yeux.
Il a ses yeux non ?
VICTOR
Je ne sais pas.
OUVRIÈRE
Nous n’avons qu’une photographie ici.
J’en ai tant moi, des albums et des cadres, des vacances, des noces, plein.
VICTOR
Elle n’aimait pas ça. Elle n’y croyait pas, que l’on puisse se rendre sur du
papier.
D’ailleurs elle apparaissait très mal. C’est à peine si l’on distingue un visage. Moi aussi je suis d’ailleurs mauvais, pour apparaître sur du papier.
OUVRIÈRE
Fais-nous du thé. Cherche des tasses. Il fait froid dans cette chambre.
VICTOR
Moi non plus je ne saurais pas en parler. Au-delà du silence et du sourire, et de ses bras au travail de me bercer, de me porter, de m’entourer.
Elle le faisait si bien, s’occuper de son enfant.
Si fort, si doux, que je n’ai jamais osé, attendre quelque chose de plus.
Que l’on me dise, qu’elle me dise, si moi, comme les autres j’ai eu un père.
Née en 1960 à Montélimar, Natacha de Pontcharra a notamment publié :
- Bleu, comme jamais le ciel, Quartett, 2010
- L 'Angélie suivi de L'Enfant d'août, Quartett, 2009
- Le Monde de Mars suivi de Les Ratés, Quartett, 2009
- Mickey La Torche - Dancing - L’Enfer c’est un paradis qui brûle, Les
Impressions Nouvelles, 2004
- Je m’appelle pas Shéhérazade, Lansman, 2004
- D'Isadora, Marval, 1998
- Portrait d’art, baptême et mariage, Dumerchez,1996
- Oeil de cyclone, Comp'Act, 1992
Vendredi 18 mars 2011, 19h : Théâtre et Histoire
Autour de la pièce
Boulevard Durand d'Armand Salacrou
Lecture et débat animé par Michel Bracco
Les Chantiers de la Lune, La Seyne-sur-Mer.
Entrée libre.
(Possibilité de repas après la lecture, sur réservation: 04 94 06 49 26)
En 1960, Armand Salacrou publie chez Gallimard "Boulevard Durand, chronique d'un procès oublié". Comblé d'honneurs, il est alors au faîte de sa renommée: académicien Goncourt depuis 1946, il est le dramaturge français le plus joué sur les scènes européennes. En 1961, il sera élu à la tête de la SACD ; en 1963, il présidera le jury du festival de Cannes.
Sa dernière pièce est inspirée d'une histoire réelle, celle de Jules Durand, responsable du syndicat CGT des charbonniers du port du Havre. Victime d'une machination patronale, Durand est condamné à mort le 25 novembre 1910, malgré la plaidoirie de son avocat, René Coty, le futur président de la République. À l'annonce de la sentence, il perd la raison. Il sera totalement innocenté lors de la révision de son procès, le 15 juin 1918 mais ne le saura pas. Devenu définitivement fou, il est depuis six ans à l'asile psychiatrique de Quatre-Mares près de Sotteville-lès-Rouen, où il meurt le 20 février 1926.
À l'époque du procès, Armand Salacrou, né en 1899, habitait au Havre, où son père était herboriste et membre du conseil municipal. Dans la postface de sa pièce, il écrit: "(...) toute ma vie d'homme fut marquée par cette terrible "erreur" judiciaire ... Cette expérience que je fis, de la méchanceté et de la bonté des hommes, me servit toujours, presque inconsciemment, d'étalon pour mesurer tous les événements dont je devais être le témoin dans la suite de ma vie..."
Proposée à Jean-Louis Barrault puis à Jean Vilar, la pièce, difficile à jouer - 50 personnages, des drapeaux rouges, on y chante l'Internationale - est finalement créée au Havre, en présence de René Coty, le 19 septembre 1961 par le Centre Dramatique du Nord, dans une mise en scène d'André Reybaz.
Deux représentations ont lieu dans le cinéma l'A.B.C., le théâtre du Havre ayant été détruit pendant la guerre. Devant le succès, quatre nouvelles représentations, rassemblant chaque fois 1.500 personnes, ont lieu dans la salle des syndicats, salle Franklin, là où cinquante ans auparavant. Durand "avait lutté et vécu". En novembre, elle est reprise à Paris au théâtre Sarah-Bernhardt devant un public enthousiaste. En 1969, elle sera mise en scène par Raymond Gerbal au théâtre Romain-Rolland de Villejuif. En 1997, une adaptation sera tournée pour la télévision par Jean-Paul Carrère.
Armand Salacrou est mort au Havre en 1989, la même année que Beckett, Koltès, Kateb Yacine.
Attentive au théâtre contemporain, la bibliothèque de théâtre Armand Gatti questionne régulièrement les rapports du théâtre avec l'histoire, notamment en revisitant des pièces et des faits historiques oubliés ou méconnus.
Incipit de Boulevard Durand
PROLOGUE
dans le décor noir du port, s'avance
UN HOMME
Juste avant la Grande guerre, des hommes et des femmes furent les témoins de la tragédie qui va s'ouvrir devant vous, mais ils s'efforcèrent de fermer les yeux et se boucher les oreilles afin de vivre en paix avec leur conscience. Certains même firent semblant de dormir. Peut être dormaient-ils en vérité, vivant ainsi tout à fait tranquilles. Aujourd'hui, ceux qui sont déjà morts vont renaître...
Autour de l'Homme, des ouvriers charbonniers, en pantalon de velours noir, veste de toile noire, casquette noire, avec autour de la taille une corde et un crochet pour prendre les sacs sur les quais. Des feux verts et rouges. Un phare blanc. Des sirènes de bateaux.
PREMIER OUVRIER, interrompant l'Homme.
...pour coucher encore dans le ruisseau?
DEUXIÈME OUVRIER
Pour que le Bon Dieu nous pisse encore sur la gueule les jours d'orage?
TROISIÈME OUVRIER
Ça nous lavera.
QUATRIÈME OUVRIER (Capron)
J'ai déjà expiré sur ce pavé, le crâne écrasé à coups de talon, et tu veux qu'on
recommence le massacre?
PREMIER OUVRIER
Moi, sauf quand j'étais saoul comme une bourrique, j'ai jamais su ce que j'étais
venu foutre sur la terre, et tu veux qu'on remette ça?
JULES DURAND
Est-ce pour me dire à quoi peuvent servir les cris de souffrance d'un homme
enfermé, seul, dans une prison perdue?
L'HOMME
À rien, s'ils ne sont pas entendus de tous les autres hommes. Mais quand ils sont
entendus...
PREMIER OUVRIER
Il n'y a que les ordures qui entendent ces cris-là et, s'ils entendent, c'est pour leur plaisir! C'est même pour ça qu'ils nous font crier! Les autres, les sensibles, les bonnes petites natures, ils se bouchent les oreilles.
DURAND, le père, à son fils.
Oui, mon gars, une fois de plus, les cochons ne voudront rien voir, rien entendre.
JULIA, jeune femme.
Pas tous, Jules, pas tous!
JULES
Alors, ils se diront : "C'est une histoire des temps passés." Et l'on n'est pas avare de sa pitié ni de sa clairvoyance pour les crimes d'autrefois. Oui, comme les hommes aiment la justice quand ils jugent les crimes d'autrefois! Mais je connais leur silence devant les douleurs toutes chaudes dont ils se croient innocents parce qu'ils détournent la tête.
http://observatoiredelacensure.over-blog.com
Samedi 12 février 2011, 19h
Claudine Galea
lit sa pièce publiée chez Espaces 34 :
Au Bord (2010)
Les Chantiers de la Lune, La Seyne-sur-Mer
Entrée libre
(Possibilité de repas après la lecture, sur réservation: 04 94 06 49 26)
Dans Les Idiots, une des précédentes pièces de Claudine Galea, le personnage de Pat, jeune fille de 19 ans passionnée d'armes et de parachutisme, déclarait : « Moi je tire très bien et je saute très bien en parachute. Je ferais un très bon soldat. Mais je supporte pas les ordres. Je supporte pas les groupes. Je supporte pas les gens. »
Dans Au Bord, sa dernière pièce, lauréate des Journées des Auteurs de Lyon 2010, une femme écrivaine, personnage central de ce monologue, est fascinée par une photo, parue dans le Washington Post le 21 mai 2004. Elle la punaise sur un mur près de sa table de travail. Sur ce cliché qui fera le tour du monde, on peut voir dans un couloir de la prison irakienne d'Abou Ghraib, photographiée par son compagnon le caporal Charles Graner, la jeune réserviste américaine Lynndie Rana England (née le 8 novembre 1982 aux États-Unis), tirant au bout d'une laisse un prisonnier irakien, probablement après une séance de torture.
L'écrivaine décide de détruire l'image mais, gravée en elle, celle-ci enfante d'autres images qui l'entraînent dans une introspection sur ses rapports à sa mère, aux femmes, à l'homme...
« Vous croyez qu'on peut écrire avec des images pareilles sur des images pareilles à partir d'images pareilles? »
Au Bord sera lu par l'auteure aux Chantiers de la Lune, avec pour cadre l'exposition photographique de Rustha Luna Pozzi-Escot, "Armée de femmes ".
Incipit de Au Bord
Je suis cette laisse en vérité.
Pendant des semaines je suis cette laisse.
Pendant des semaines j'écris Au Bord. Je commence au
mois de mars. Je recommence. Trente-neuf fois j'essaie
d'écrire Au Bord. Trente-neuf fois je m'arrête en route.
Je suis cette laisse.
Je suis au bout de cette laisse.
Je suis celle qui tient la laisse.
Je suis celle qui se tait et qui tient la laisse.
J'ai punaisé la photographie sur le mur en face de la
table où j'écris. Je n'écris plus je regarde.
Celle qui tient la laisse m'appelle.
Sans me regarder elle me tient captive.
Regarde-moi.
Je suis cette femme qui regarde cette femme qui tient
en laisse un corps.
Un corps nu.
(je crois que le corps est nu)
Je suis cette femme dans la contemplation de cette
femme qui tient un corps en laisse un homme nu.
(je crois que c'est un homme)
Je ne regarde pas l'homme. Je ne regarde pas la victime.
Le mec traîné au sol.
C'est elle que je regarde. Je la regarde elle son corps
lisse imberbe ses cheveux courts son treillis ses bottes.
On dirait un garçon mais je sais je le sais depuis mon
ventre que c'est une fille.
J'écris au bord. Je n'y arrive pas. Je reste au bord.
Je reste à côté de la fille.
Debout à côté de la fille. Je suis la fille.
À côté de la fille il y a l'homme. Je ne suis pas l'homme.
Je suis debout tout contre la fille. Je m'attache à la fille.
Je suis cette laisse en vérité. Je suis cette fille que
la fille tient au bout de sa laisse.
Outre Au Bord (2010), Les Idiots (2004), les éditions Espaces 34 ont publié d'autres pièces de Claudine Galea: Les Chants du silence rouge (2008), Je reviens de loin (2009) ainsi que quatre courtes pièces pour la jeunesse: La Nuit MêmePasPeur, Petit Poucet, L'Heure blanche, Toutes leurs robes noires (2009).
http://www.editions-espaces34.fr/
Samedi 29 janvier 2011, 19h
Parcours d'auteur
Stéphanie Marchais lit des extraits de ses trois dernières pièces publiées chez Quartett:
Corps étrangers -Portrait de famille sous un ciel crevé -Verticale de fureur
Les Chantiers de la Lune, La Seyne-sur-Mer
Entrée libre
(Possibilité de repas après la lecture, sur réservation: 04 94 06 49 26)
Depuis dix ans, les rencontres organisées par la bibliothèque de théâtre Armand Gatti sont l'occasion de la découverte d'un texte, lu par son auteur dans son intégralité.
Pour la première fois, un auteur propose un voyage dans son écriture à travers ses trois dernières pièces dont elle lira de larges extraits.
Humide, aqueux, tels sont les premiers adjectifs qui pourraient qualifier l'univers de Stéphanie Marchais.
"Le malheur ça rend beaucoup d'eau" disait déjà Angèle, protagoniste du soliloque "C'est mon jour d'indépendance". Fille-mère de Chut, un enfant handicapé muet, Angèle est cette infirmière qui emmène une de ses "abonnées" voir la mer pour la première fois, juste avant de mourir, avant l'injection létale qu'elle va lui donner, ultime service.
"Tapissons le décor: c'est l'été, la nuit tombe et il pleut" déclare le Ravi, grand-père en fauteuil roulant, un des personnages de "Portrait de famille sous un ciel crevé". L'orangeraie de Tom, son beau-fils, est détruite, submergée. Toute la famille doit faire face à une catastrophe: la pluie diluvienne qui s'abat sur le pays durant trois saisons la contraint à se réfugier à l'intérieur de la maison. Bientôt l'eau envahit toutes les pièces, le toit se fend...
Parcours dans un univers "trempé" donc, mais aussi sombre, nocturne, noir. Dans Verticale de fureur, c'est à la tombée de nuit que Dieter Lerhrbach, fonctionnaire de la mort nazie, rescapé de l'épuration, se faufile dans un cimetière pour se confesser et défier ses victimes en pique-niquant sur leurs tombes.
Dans Corps étrangers, c'est aussi dans un cimetière que le géant bien-nommé O'Well s'entretient avec sa petite fille morte. Sa stature colossale lui vaut l'intérêt d'un médecin qui a mis son corps à prix, ne rêve que de le disséquer et d'ajouter cette "pièce" à son cabinet de curiosités.
Euthanasie, visite au cimetière, montée apocalyptique des eaux, dialogue souterrain d'entre les morts, dissection... montée des os.
Au fil des pièces, Stéphanie Marchais ne cesse de repousser les limites. Fouillant le corps de ses personnages, par un dégraissage extrême,
elle creuse son écriture, le corps des mots, jusqu'à la noire lueur du squelette.
Incipit de CORPS ÉTRANGERS
1 Un homme tranquille.
O'WELL: On me veut.
Je cours pour rentrer chez moi avant l'orage
mais un éclair dans la poitrine m'oblige à demeurer une main sur la poignée.
À contempler la mousse répandue sur les pierres plates, tandis que je souffle.
Les gouttes martèlent les dalles et la force de l'averse affole les bêtes rampantes qui s'échappent des recoins vers des abris secs.
Je suis trempé.
La pluie s'écrase sur mon cou, brise ma nuque,
coule dans mon dos et dévale la pente saillante de mon corps.
Elle ruisselle par terre, entraîne avec elle des débris de toutes sortes vers le caniveau de la rue
en même temps qu'elle y verse le butin invisible de quelques cheveux cassés tombés sur mes épaules,
quelques cellules fanées, de vieilles bribes de moi.
Ma chair rejoint l'égout
Là où murmurent les bêtes aux ventres gonflés d'eau.
Elles peuvent désormais exhiber des parcelles de moi
en preuve d'existence au peuple du dessous
qui attend que je vienne mâcher mes os creux et me rendre comme eux.
Absorbé par eux.
Ma chair rejoint l'égout
Elle se fait souterraine
Liquide, obscure
Luisante.
Je me vois mêlé aux flaques d'argile qui tapissent de jaune les sols,
frappent les carreaux et introduisent leurs doigts visqueux à l'intérieur des fenêtres des gens.
Des gens qui me regardent devenir cascade et déchiré.
Devenir flotte et cailloux bruns pulvérisés contre leurs vitres.
Ma nuque écartelée reçoit la douceur de cette eau qui entre en moi par tous les grains du corps
et forme des rigoles dans chaque pli de ma peau que tu pourras laper si tu veux
On me veut.
Je rentre chez moi quand un inconnu se jette sous un porche dès que je me détourne.
Je me retourne parce que je sens l'appui de son regard à l'envers de ma tête nue
La lecture de Stéphanie Marchais sera précédée d'une présentation de la maison d'édition Quartett.
Fondée en 2006 et dirigée par Benjamin Dupré, Quartett publie uniquement des pièces de théâtre inédites, d'auteurs contemporains, au rythme de 6 par an. Outre les pièces de Stéphanie Marchais, Quartett fait découvrir des pièces de Philippe Malone, Fabrice Agret, Natacha de Pontcharra, Benoît Fourchard, Frédéric Vossier, Virginie Barreteau, Dorothée Zumstein, Karol Tillier Bernard Souviraa, Jean-Paul Quéinnec, Marc-Antoine Cyr.
http://www.quartett.fr/
Samedi 15 janvier 2011, 19h
Frédéric Senent lit sa pièce inédite
Shamsia
Les Chantiers de la Lune, La Seyne-sur-Mer
Entrée libre
(Possibilité de repas après la lecture, sur réservation: 04 94 06 49 26)
« Sommes-nous aujourd’hui encore capables de désobéir ou bien sommes-nous tous superbement formatés pour nous inscrire dans le cadre précis d’une obéissance aveugle. À quel moment est-il de notre devoir de dire non ?
L’écriture de Shamsia s’inscrit dans l’élaboration d’un triptyque sur la désobéissance. Dans ce triptyque, trois femmes franchissent la limite autorisée, trois femmes refusent l’ordre établi. Trois femmes sortent du cadre.
Shamsia est une jeune Afghane. Elle pourrait être n’importe quelle femme qui décide un jour de faire face. La place de la femme en Afghanistan c’est à la cuisine ou dans la tombe. Shamsia, elle, refuse la loi. Elle veut aller à l’école, elle veut vivre libre. C’est en croisant le chemin de cette jeune fille qui, bien que défigurée par l’acide que les intégristes lui ont lancé au visage, continue d’aller à l’école, et celui de Nadia Anjuman, jeune poétesse morte sous les coups de son mari, que la parole de Shamsia s’est imposée à moi. Parole qui désobéit pour interroger la place même du vivant. »
Frédéric Senent
Frédéric Senent vit dans le Var. Depuis 1998, il a écrit une dizaine de pièces : Laisse-moi regarder le ciel (1998), Juste avant l’orage (1999), Le désoeuvrement intérieur du petit soldat (2000), Ochtiléou, in « Le corps qui parle » (Les Cahiers de L’Egaré, 2001), Mina Chouya, in « Des lendemains qui dansent » (Les Cahiers de l’Egaré, 2004), Le petit gars du placard (2006), Shamsia (2009), Lovely Rouge (2010).
Incipit de "Shamsia"
Shamsia.
Je marche. Je m’arrache. Parmi les fantômes, je marche, ignorée. Je me détache. Trop claire sur le délavé des fantômes usés, bleus-beiges. Je marche juste là, au milieu. Je suis Shamsia.
Ça te vient du soleil.
C’est ma mère. Je me calme. C’est pour ça que je marche. Je me calme, oui. Juste ça, marcher. Retrouver la respiration tranquille, le silencieux à l’intérieur. Essayer que le coeur ne batte qu’une fois sur deux. Éviter de se mettre à briller, surtout éviter de se mettre à flamber. Je marche, fantôme. J’essaie. C’est mieux comme ça. Je crois.
Shamsia, ne traîne pas.
C’est ma mère. Traîner ici, tu ne peux pas. Alors je marche. Je m’échappe. Personne ne peut me repérer comme ça. Personne ne sait que Shamsia est là. Personne ne sait qu’elle va, discrète. L’air de rien, l’air des autres pour me fondre. Bleue-beige aussi, toute délavée-usée. J’essaie de me tenir de l’autre côté de la vie. Juste à cet endroit où ça ne bouge plus vraiment mais où ça respire encore, presque. Ici, tu ne vis pas plus long que quarante deux années. Pour quelqu’un comme moi, juste quarante deux années de vie cachée-discrète, parfois moins. J’ai dix-sept. Tu calcules ? Vingt-cinq à tenir, vingt-cinq à essayer de vivre peut-être pas. Je me fais transparente. Juste la respiration. Ça ne dure jamais vraiment. Je ne peux pas tenir. Je ne peux vraiment pas. Même le chien a meilleure place. Je me calme. J’essaie discrète, j’essaie le silence qui vient autour. Mais j’ai ce fourmillement d’aiguilles dans les jambes. J’ai cette agitation d’électricité dans tout le corps. Je ne sais pas expliquer je marche.
Ne prends pas trop de place, Shamsia. Tu ne peux pas commander à l’ombre. Tes bras sont trop courts.
C’est ma mère. Elle chante. La vieille berceuse. Elle chante pour calmer, elle dit. Pour faire partir la fièvre, elle croit. Pour éloigner le feu. Elle chante mais.
Ça explose. Encore. Pas loin. Ça renverse les maisons, les gens dedans. Toujours. Ça explose dans les corps. A faire lâcher tout ce qui tient un peu. Quelque chose brûle.
C'est ma mère. Mon pays.
Vendredi 17 décembre 2010, 19h
Enzo Cormann lit sa pièce inédite
Hors-jeu
Les Chantiers de la Lune, La Seyne-sur-Mer
Entrée libre
(Possibilité de repas après la lecture, sur réservation: 04 94 06 49 26)
Pour Enzo Cormann, "Le théâtre a toujours placé en exergue du monde ce qui le déchirait. Il n'existe que dans le rapport à la blessure dont le terme le plus commun est la psychose, la folie: l'histoire du théâtre est une longue histoire de fous, de possédés."
Hors-Jeu, pièce inédite d'Enzo Cormann qui sera créée à Lyon en 2011, dans une mise en scène de Philippe Delaigue, semble correspondre à cette définition. Même si la distribution comporte neuf personnages, dont un rat, et que se font sentir les présences d'un groupe de " huit tchateurs " conversant sur internet, le texte est un "quatuor dramatique", conçu pour être joué par quatre acteurs. L'action se situe principalement dans un Job Store, dernière version libérale qui a succédé au Pôle Emploi. Elle est centrée sur un "client", Gérard Smec (la quarantaine, ingénieur au chômage), sur Manager (directrice du Job Store), sur Janis (l'assistante de direction), Flora (une ouvrière, compagne de Smec)...
Le texte est inspiré par plusieurs faits divers; il est précédé de quatre citations, dont celle-ci:
« En me coupant les allocations, vous me rompez le cou et vous le faites de bon coeur. À part la couleur du costume, qu’est-ce qui vous différencie d’un sbire nazi? » Lettre de Werner Brauener, 46 ans, au directeur de l'agence pour l'emploi de Verden (RFA), Klaus Herzberg, qu'il assassinera un mois plus tard, le 6 février 2001.
Incipit de "Hors- jeu"
OUVERTURE
Job Store, bureau directorial.
Les cadavres de Smec et de la directrice du Job Store sont étendus sur le sol.
Le corps de cette dernière est à moitié recouvert d'un manteau.
Près du cadavre de Smec se tient un policier en civil, avec un revolver dans la main droite.
Janis fait face à l'assistance. Elle paraît sur le point de prendre la parole, mais pour finir elle ne dit rien.
1. RETOUR
Même lieu. La directrice prend place à son bureau. Janis lui présente un parapheur.
SMEC, à l'assistance, tandis que la directrice signe le courrier. —
d'abord il faut que vous m'aidiez moi qui suis mort à prendre la parole
(Temps.)
il était une fois un événement
quelque chose se brise un homme sort du rang
opinion en émoi titres à la une déclarations
sur une chaîne de télévision à l'heure du dîner le président de la
République
ordonne un train de mesures
je n'accepterai plus nous dit-il
le couple de retraités qui dîne d'une blanquette de veau en
écoutant le chef de
l'État sait en gros de quoi il retourne
mais l'événement c'est ce qu'on n'attend pas qu'on ne voit pas
venir
l'événement est hors-cadre
(Temps.)
l'événement dont il est question ce soir-là j'en ai été le protagoniste
j'ai été le type qui fera la une des journaux du lendemain
Auteur de deux romans parus chez Gallimard (Surfaces sensibles, 2007, Le testament de Vénus, 2006), de jazz poems (Mingus, Cuernavaca enregistré avec le saxophoniste Jean-Marc Padovani, Label bleu, 1992), de chansons pour Jean Guidoni ou Anna Prucnal, Enzo Cormann (né en 1953, à SOS) est avant tout "un écrivain de théâtre".
Depuis la sortie de "Temporalia" en 1983, il a publié plus d'une vingtaine de pièces, notamment:
Je m'appelle - Donnant donnant - Le dit de l'impétrance -
Communication obligatoire, Minuit, 2008
Berlin, ton danseur est la mort, Théâtrales, 2005
La Révolte des anges, Minuit, 2004
Cairn, Minuit, 2003
Sade, concert d’enfers, Minuit, 1999
Credo - Le rôdeur, Minuit, 1999
Toujours l’orage, Minuit, 1997
Diktat, Minuit, 1995
Takiya ! Tokaya ! Âmes soeurs, Minuit, 1992.
Il a publié en 2003 un essai, À quoi sert le théâtre? chez Les Solitaires intempestifs.
À noter aussi, en 2010, le numéro spécial de la revue Registres : "Enzo Cormann, le mouvementeur" (Presses Sorbonne nouvelle)
http://cormann.net/
Vendredi 26 novembre 2010, 19h
Marion AUBERT lit sa pièce inédite
Le brame des biches
Les Chantiers de la Lune, La Seyne-sur-Mer
Entrée libre
(Possibilité de repas après la lecture, sur réservation: 04 94 06 49 26)
Dernière pièce de Marion Aubert, "Le brame des biches" est une commande d'écriture de Pierre Guillois, metteur en scène et actuel directeur du Théâtre du Peuple à Bussang (Vosges).
Cette "tragi-comédie industrielle", en 48 scènes et 6 tableaux, comporte un petite soixantaine de personnages, nécessite une chorale, une fanfare...
Elle a été conçue pour être jouée à Bussang; elle y sera créée durant l'été 2011, dans le remarquable théâtre en bois de 900 places, célèbre depuis cent ans pour son fond de scène qui s'ouvre sur la nature.
Sur un mode décalé, ironique, Marion Aubert revient sur les débuts du Théâtre du Peuple en 1895, sur ses fondateurs - Maurice Pottecher et sa femme, l'actrice Georgette Camée - qui mêlèrent dans leurs pièces comédiens professionnels et comédiens amateurs... ouvriers et ouvrières de la manufacture familiale Pottecher.
Maniant le second degré, Marion Aubert déconstruit une légende et revisite avec humour l'actualité d'un rêve: celui d'un théâtre de qualité accessible aux classes populaires, d'un théâtre du peuple.
Incipit de "Le brame des biches"
PROLOGUE.
LE MONTREUR. Entrez, messieurs-mesdames! Entrez! Bienvenue au siècle noir! Par ici, ma troupe! Entrez! N’avez-vous jamais entendu parler de Clara Kessler, tisserande de Bussang?! Cette femme extraordinaire, mesdames et messieurs, est morte l’année dernière. Elle m’a laissé un livre, ce livre, ses mémoires, ses carnets secrets, ses lettres. Regardez. C’est là. Là. Contre mon coeur, dans ce tiroir, un peu partout, installez-vous, messieurs! Et moi, l’homme fou, l’amoureux, le bonimenteur, je m’en vais vous conter son histoire. Que dis-je?! Son histoire? Ses histoires! Installez-vous, mesdames! Oui, spectateurs! Moi, spécialement, devant vous, je vais vous révéler la grande, l'épouvantable histoire de Clara, ouvrière, amante, rêveuse, vieille fille, Clara, qui fut ma mère, qui me fut tout, mais ça, faites semblant de ne pas le savoir encore, vous l’apprendrez à la fin de mon histoire, à l’issue d’une scène de retournement extraordinaire, oh! Madame! Comme vous êtes charmante! Avez-vous été ouvrière? Ah! Vous venez ici passer le temps! Une oisive! Vous avez raison! Le temps, à Bussang, n’est pas tout à fait le même. Le temps, dans ce théâtre, est épais, madame, dense, rempli de fines poussières! Vous avez l’air d’être tellement en vacances, madame! Détendue! Rieuse! Vous êtes au meilleur de vous-même! J’espère que cette pièce ne va point trop abîmer votre visage. Ça arrive, parfois. On va voir un spectacle, et puis, on creuse trois rides. On ressort avec des cheveux blancs. Comment trouvez-vous Bussang, c’est beau? Le théâtre? Ses cités ouvrières? Avez-vous déjà entendu parler de la porte du théâtre? C’est, paraît-il, le clou du spectacle, le moment le plus saisissant, le théâtre s’ouvre sur la montagne, et c’est beau! C’est beau! Et vous verrez, tout à l’heure, sur quoi elle va s’ouvrir! Ha! Ha! Mais n’en disons point trop!
Texte à paraître chez Actes Sud-Papiers en 2011
Née en 1977, dans la ville-préfecture du Cantal, Marion Aubert est aussi comédienne.
Depuis 1996, elle a publié une dizaine de pièces, notamment:
Conseils à une jeune épouse, préparation à la vie conjugale, Actes Sud-Papiers, 2010
Orgueil, poursuite et décapitation, Actes Sud-Papiers, 2010
Les aventures de Nathalie Nicole Nicole, Actes Sud- Papiers, 2007
Les Histrions - Les Trublions, Actes Sud-Papiers, 2005
Saga des habitants du val de Moldavie, Les Solitaires Intempestifs, 2004
Mercredi 5 mai 2010, 18h45
Conservatoire National à rayonnement régional -
TPM
auditorium Jean Racine - Toulon
Rencontre avec Philippe Gauthier et Frédéric Sonntag
lauréats du
7ème prix de la pièce de théâtre contemporain pour le jeune public,
organisé par la Bibliothèque de théâtre Armand Gatti et l'Inspection académique du Var/Rectorat de Nice.
18h45
Philippe Gauthier lit sa pièce inédite
...Et bonne année!
31 décembre, 17h11. Jo est content. Il n'aurait pas aimé passer le réveillon seul. On lui a envoyé Jack pour remplacer William, son collègue de travail qui a attrappé la crève. Jack découvre son nouveau boulot. À la morgue. Il n'avait pas vraiment le choix: c'était ça ou le retrait du permis.
Incipit de " ...Et bonne année"
Une morgue. Avec comme dans les films des tiroirs métalliques. Au fond.
Au-dessus un compteur remis à zéro et une horloge avec la date et l’heure.
A l’entrée, juste à côté de la porte un buzzer. Gros et rouge.
INTRODUCTION
31 décembre.
17h11.
Jo entre. Un seau jaune dans la main. Jack le suit. Plus pâle qu’un cadavre.
C’est dire.
JO continue une conversation commencée plus tôt : Alors comme ça c’était soit le retrait de permis soit la morgue ?
JACK : En quelque sorte.
JO : Et t’as pas hésité ?
JACK : Pas vraiment.
Silence. Ils sont restés dans l’entrée. Jo toujours équipé de son seau. Jack toujours aussi pâle. Des gouttes de sueur sur le visage.
JO : En même temps c’est bien. Enfin pour moi. William, y m’appelle ce matin et y me dit « peux pas venir, j’ai choppé la mort ». Alors moi je lui dis « laquelle ? »…
Un temps. Pas de réaction de Jack.
JO déçu de son bide : …enfin, tout seul pour le 31 j’aurais été dans le jus. Sûr. Et puis à deux pour le réveillon c’est moins triste, non ?
JACK : Si tu le dis.
Du même auteur, deux pièces publiées par L'école des loisirs :
Chant de mines, 2009
La jeune fille et le pendu, 2008.
20h
Frédéric Sonntag lit sa pièce inédite:
Dans la Zone intérieure
Dans la vaste Métropole, un groupe clandestin, confronté à une perte de mémoire soudaine qui frappe la ville et efface progressivement la réalité elle-même, part à la recherche d’une Zone légendaire.
Une pièce crépusculaire, d’anticipation, portrait d'un futur proche possible qui serait tout autant caisse de résonnance du siècle dernier.
Incipit de " Dans la zone intérieure"

Du même auteur:
Sous contrôle, in Prise d'auteurs, L'Avant-scène, 2009
Toby ou le saut du chien, Théâtre Ouvert, 2007
Intrusion sitcom tragique, Théâtre Ouvert, 2004
Disparu(e)(s), Théâtre Ouvert, 2003
Entrée gratuite, dans la limite des places disponibles.
http://www.orpheon-theatre.org/bibliotheque/litteraire/prix_jp.htm
Vendredi 23 avril 2010, 19h : Prix Tartuffe 2009
Débat autour de la censure, l'autocensure et la liberté d'expression.
Lecture et exposition de livres.
Depuis 2004, L'Observatoire de la censure enregistre des informations sur la censure, l'autocensure, la liberté d'expression. Depuis 2006, elles sont disponibles et consultables, mises en ligne sur Internet, sous la forme d'un journal.
L'archivage de cette actualité foisonnante concerne de nombreux domaines: le livre, le cinéma, la photographie, la peinture, la musique, l'architecture, la presse, la télévision... À la lecture de cette recension, on peut observer, d'année en année, l'évolution de la liberté d'expression et de la jurisprudence, en France et dans le monde.
Chaque année, L'Observatoire de la censure décerne le prix Tartuffe à un artiste ou écrivain victime de la censure ou à un livre qui défend la liberté d'expression. Les Moustaches Brothers, acteurs et résistants par le rire de Mandalay (Birmanie) ont succédé en 2009 à Emmanuel Pierrat, Bernard Joubert, Christian Salmon, Kurpreet Kaur Bhatti, la compagnie Cacahuète.
Chaque année, L'Observatoire de la censure organise une journée d'information, occasion de revenir sur les principaux évènements (affaires Dieudonné, Orelsan, NDiaye, "L'insurrection qui vient", la fresque des expulsés de Billère, la Demeure du Chaos, la pipe de Tati,..) ou thèmes (délit d'outrage, devoir de réserve, droit au blasphème, censure économique, cybercensure...) qui ont marqué l'année 2009.
Au cours de la soirée sera exposé un choix de livres sur la liberté d'expression, l'éthique, l'art, le sexe, la religion... ainsi que des livres interdits, auto-censurés ou poursuivis en justice.
Les Chantiers de la Lune, La Seyne-sur-Mer
Entrée libre (Tél 04 94 06 49 26)
Pour consulter le journal de l'année 2009:
http://www.orpheon-theatre.org/bibliotheque/litteraire/prix_tartuffe.html
Pour suivre l'actualité en matière de censure et de liberté d'expression :
http://observatoiredelacensure.over-blog.com/
Vendredi 26 mars 2010, 19h30
Les Chantiers de la Lune, La Seyne-sur-Mer
Lecture/rencontre avec Michel Bellier
Entrée libre
Réservation recommandée: 04 94 06 49 26
Michel Bellier lira
« Ils seront là bientôt les hommes ? » (L’Act Mem , 2007)
Un trio d'individus Yak, Sol et Bel, jouit de minutes paisibles. Autour la nature est sereine, l’air vivifiant. Ambiance bucolique….
Mais tout corps plongé dans un milieu étranger subit une pression telle que ses facultés intellectuelles s'altèrent. Nos trois compères sentent soudain sourdre une menace. Diffuse.
Insaisissable.
Quelle est-elle ? D’où vient-elle ?
La peur est une maladie intellectuellement transmissible. Et ils vont s’enfoncer et se perdre dans la forêt de leurs angoisses où les arbres cachent plus d’une ombre…
Ils seront là bientôt, les hommes ? serait comme le chant d'une humanité qui tourne en rond, croise, sans cesse, ses propres traces et se perd en gesticulations grotesques.
Enfermée dans le sous-bois de ses terreurs reptiliennes, elle sait si bien les rendre collectives.
Ils seront là bientôt, les hommes ? est un conte de fées paranoïaque et comique. L’humour y est aussi noir qu’une nuit sans fin.
Michel Bellier
« Ils seront là bientôt, les hommes ? de Michel Bellier est une oeuvre qui se situe entre Kafka – pour ses personnages et les événements qu'elle raconte - et Dubillard – pour son écriture et les échanges verbaux entre les protagonistes de cette histoire. »
Henri Lépine/Rue du Théâtre
« Ils seront là bientôt, les hommes ? est une réflexion sur l’animalité de l’homme. L’humour est très présent, très noir, dans un véritable ascenseur émotionnel : alors que certains passages provoquent immanquablement les rires, d’autres font au contraire froid dans le dos…»
Léa Coste/La Marseillaise
Vendredi 12 février 2010, 19h
Rencontre avec Ricardo Montserrat
Les Chantiers de la Lune
La Seyne-sur-Mer
04 94 06 49 26
Dans le cadre du projet "Scène en chantier" (Orphéon Théâtre intérieur), Ricardo Montserrat sera accueilli en résidence à La Seyne-sur-Mer, du 8 au 12 février, pour poursuivre le projet d'écriture sur la mémoire des Chantiers, initié par l'association "Histoire et patrimoine seynois".
Autour de ce projet, la Bibliothèque Armand Gatti invite l'auteur pour la lecture d'un choix de ses textes sur l'exil et la reconstruction en exil : extraits de "Ahora y siempre, mémoires de l'exil espagnol", de "No woman's land," de "Etrangers à votre pays", de "Louis Guilloux, exilé en lui-même" et de "Rêves de travail"(sur la fermeture des Chantiers nantais.)
Né en 1954 de l’exil d’antifascistes catalans en Bretagne, Ricardo Montserrat trouve très tôt dans le théâtre un espace où concilier engagement et liberté. Au Chili, dans les années Pinochet, il s’engage contre la «cultura de la muerte», crée, met en scène, écrit, édite ou produit une quarantaine d’oeuvres qui sont autant de pieds-de-nez au régime.
De retour en France, il poursuit l’écriture de son oeuvre personnelle – roman, théâtre, cinéma – et se met au service des exclus de la dictature économique. Il met en chantier des ateliers de création d’où sortent, entre autres, avec des chômeurs de Lorient, la Série noire Zone Mortuaire; avec des rmistes en milieu rural à Châteauneuf-du-Faou, Pomme d’Amour, feuilleton Ouest-France; avec des salariés privés d’emploi de Roubaix, un thriller, Ne crie pas; avec des employées "jetées" par Auchan-Le Havre, La Femme Jetable; avec Robin Renucci et l’ARIA, en Corse, des oeuvres bilingues pour le théâtre et le cinéma, Awa hé mortu, Sempre Vivu; avec des jeunes Ddass et leurs parents, dans l’Eure, Enfances et fantômes; en Belgique, avec des demandeurs d’asile, No woman’s land, roman-film des exils... Depuis 2006, il travaille sur la mémoire vivante – les luttes populaires (36, pas mort !, Trous de mémoire), l’exil (Siempre) l’engagement (Où sont les hommes?), l’extrême-violence (Naze, White power) la petite histoire dans l’Histoire (Les Jolies colonies de la France) l’utopie du bonheur (L’Amour fou) ...
Bibliographie. Co-scénariste de «Sempre Vivu ! Qui a dit que nous étions morts ?» de Robin Renucci (2007), Ricardo Montserrat a publié entre autres : «Qui a peur de la famille Ramon ? » (L’Entretemps, 2007), «Le Fleuve National » (Le Cerisier, 2007), «Riez pour nous pauvres pécheurs», en collaboration avec Dominique Riquier (Théâtre S en Bretagne, 2005), «Chômeuse go home » in Embouteillage (Théâtrales, 2002),«Tolorosa» (Urgence de la jeune Parole / Lansman, 2002), «Ville rouge : Maloc’h ru » (Sansonnet, 2002), Ne crie pas, avec Roseback (Série Noire/Gallimard, 2000) «Je me suis tue » (Théâtre S en Bretagne, 1997).
Vendredi 22 janvier 2010, 18h30
Tristan Choisel lit sa dernière pièce
Désherbage manuel
Bibliothèque Le Clos Saint-Louis,
Avenue Henri-Guillaume, Tamaris
04 94 16 54 00, La Seyne-sur-Mer
« Une idée hante mes écrits, l’idée que l’être humain ferait bien de ne plus trop tarder, s’il tient à sa survie, à changer radicalement de direction. Ça ne ferait guère que la deuxième fois qu’il en changerait radicalement. Il en changea une première fois en délaissant ses talents de chasseur-cueilleur pour devenir agriculteur et terminer maître-esclave. Après cette petite transition riche en souffrances, voici l’être humain à présent en devoir de délaisser ses talents de maître-esclave pour devenir… autre chose de mieux… ».
Tristan Choisel vit dans le Var. Sa première pièce, « Les Meubles », finaliste au Concours d'écriture théâtrale de Guérande en 2006, a reçu en 2008 une aide d’encouragement à l’écriture du Centre National du Théâtre.
Du même auteur : « Cher Client », « J’ai pleuré assis à l’hypermarché ».
La pièce « Désherbage manuel » a été écrite au cours d’une période de résidence à la Bibliothèque de Théâtre Armand Gatti, du 2 novembre au 23 décembre 2009.
Résidence réalisée grâce au soutien du Conseil Général du Var, de la Région PACA et de la DRAC PACA (aides à la vie littéraire) - Lecture organisée en partenariat avec la Bibliothèque Le Clos Saint-Louis.
De La Vie de Galilée portée à la scène par Brecht aux aventures de Bouli Miro dans l’espace rapportées par Fabrice Melquiot dans “Wanted Petula”, le théâtre a montré maintes fois son intérêt pour la science, l’astronomie, le cosmos, abordant le sujet de manière poétique, sérieuse ou burlesque.
Orphéon - Bibliothèque de théâtre Armand Gatti s'associe à la manifestation «Ciel en fête» organisée par les bibliothèques de la ville de la Seyne-sur-Mer et vous invite aux lectures de deux pièces de théâtre à la Bibliothèque Le Clos Saint-Louis (Avenue Henri Guillaume, Tamaris - La Seyne-sur-Mer tel 04 94 16 54 00) :
Mercredi 16 décembre 2009, 16h30
Deux pas vers les étoiles de Jean-Rock Gaudreault (Lansman, 2008)
Lecture par Orphéon Théâtre intérieur.
Bibliothèque Le Clos Saint-Louis, La Seyne-sur-Mer
Junior, le surdoué, veut devenir astronaute. Il décide de faire une fugue et de prendre clandestinement le train pour partir à Houston. Sur son chemin, il rencontre Cornelia, la fille à lunettes, la plus laide de la classe. À l'école, une rumeur circule: ils seraient amoureux...
Né en 1972 au Québec, Jean-Rock Gaudreault s'affirme peu à peu comme l'un des maîtres du théâtre pour la jeunesse. Un exemplaire de "Deux pas vers les étoiles" est actuellement dans l'espace, emporté par le cosmonaute Robert Thirsk sur la Station spatiale internationale.
Vendredi 18 décembre 2009, 19h30
De l’enfer à la lune de Jean-Pierre Thiercelin (Éditions de l'Amandier, 2005)
Lecture et rencontre avec l'auteur.
Bibliothèque Le Clos Saint-Louis, La Seyne-sur-Mer
En regard des visions poétique et scientifique, le théâtre, lieu de mémoire, interroge ici une zone d'ombre de la conquête du ciel. «De l'enfer à la lune» … ou comment l'aventure de la conquête spatiale américaine conduite par le transfuge nazi Wernher von Braun prend racine dans les expériences qu'il a dirigées de 1943 à 1945 dans le camp de concentration de Dora...
Fils de résistant déporté à Dora, Jean-Pierre Thiercelin, comédien et auteur de théâtre, a tout naturellement fait appel à la scène pour rendre hommage à son père et à ses compagnons de souffrance. Pour conter «l'indicible histoire» sous le double regard des témoins et des enfants, la pièce «De l'enfer à la lune» évoque par la magie du théâtre, du cirque et du music-hall le cynisme d'un mal absolu toujours prêt à resurgir.
http://www.lebilletdesauteursdetheatre.com/index.php?resonances2&id=11
Jeudi 10 décembre 2009, 18h30
Lecture de L’Entre deux Mondes par la compagnie L’EmerGenCe
Médiathèque Eurêka, La Farlède
« L'Entre deux Mondes » est un voyage d'exploration dans un univers entre le monde visible et invisible. Un instant de retour dans un lieu mystérieux qui interroge notre passage dans le monde. Une douce promenade percutante et troublante pour réveiller notre endormissement de la vie.
Pour « L'Entre deux Mondes », son projet de création 2010-2011, la compagnie de théâtre de rue L’ÉmerGenCe (Lorgues) a passé une commande d’écriture à cinq auteurs: Vincent Bellat, Christian Berthelot, Sylvie Bruhat, Tristan Choisel, Christian Devaise. Lecture des textes, présentation du projet par Christian Berthelot, metteur en scène de la compagnie.
Les textes ont été écrits à la bibliothèque de théâtre Armand Gatti, du 16 au 26 novembre 2009, au cours d'une période de résidence soutenue par Orphéon Théâtre intérieur. Pour le projet « L'Entre deux Mondes », la compagnie L'Emergence a reçu une aide à la maquette de la Région PACA et du Conseil Général du Var. La résidence d'écriture proposée par la compagnie Théâtre intérieur a été réalisée grâce au soutien de la DRAC PACA. Lecture organisée en partenariat avec la Médiathèque Eurêka (23 chemin du Partégal, La Farlède).