Chaque année, Anne-Marie Trompette anime, à la Bibliothèque Armand Gatti, 5 séances réunissant des lecteurs autour d'un livre et d'un repas.
Le principe du Cercle est simple : il suffit d'acheter le livre (en collection de poche), de le lire et de venir partager ses réflexions et un repas avec d'autres lecteurs (apporter son panier et son livre).
• Vendredi 26 février 2010 / 20h : « Le liseur» de Bernhard Schlink, Folio, 1999. - 243 p.
Juge de métier, auteur de romans policiers ancrés dans l'histoire et l'actualité allemandes, Bernhard Schlink reprend à son compte le fantasme de l'adolescent initié à l'amour par une maîtresse d'âge mûr. Mais celle-ci est peu ordinaire; dure, secrète, elle organise leurs rencontres selon un rite très singulier: le bain, la lecture à haute voix puis l'amour.
Trente ans après, Michaël Berg décrit cette période où lycéen âgé de 15 ans, il abandonnait sa peau de fils de famille pour celle de "liseur". Curieux échange entre ces deux êtres: les mots de Schiller, de Goethe ou de Tolstoï contre le plaisir amoureux avec une receveuse de tramway. Hannah disparaît brutalement laissant l'adolescent désemparé.Là s'arrête le roman d'initiation. Michaël fait ses études de droit et s'apprête à râter sa vie affective sans révolte. Sept ans après le départ d'Hannah, il la retrouve lors d'un procès, au rang des accusés. Elle doit rendre compte des actes qu'elle a commis avant leur rencontre, comme Kapo dans les camps de concentration. Accablée par les autres accusées, elle se défend mal, elle est condamnée à la réclusion à perpétuité. M Berg comprend soudain l'invraisemblable secret qui, sans innocenter cette femme, éclaire sa destinée. Commence alors une réflexion méthodique et douloureuse , une interrogation à vif sur la légitimité du jugement d'une génération criminelle par une génération honteuse. La force du livre est de n'éviter aucune des questions qui jaillissent du choc entre le présent et le passé, entre l'amour et le mépris, le désir de comprendre et le besoin de condamner.
• Vendredi 11 décembre 2009 / 20h : « Le noir est une couleur» de Grisélidis Réal, Folio, 2007. - 350 p.
« Le noir est une couleur », publié en 1974,est le premier livre et l’unique roman de Grisélidis Réal, écrivain, peintre, plasticienne, sociologue et prostituée.
Roman autobiographique où elle raconte ses années 50 en Allemagne, ses premières passes avec des soldats noirs rencontrés dans des boîtes pour G.I., sa vie précaire avec ses deux enfants, son expérience en maison close à Munich, son séjour en prison…
Son discours sur la prostitution, sur la possibilité d’y prendre du plaisir comme son refus d’être considérée comme une victime, annonce des combats à venir de « la courtisane révolutionnaire ». Elle fut, en effet, à Paris dans les années 70 l’une des meneuses des mouvements de prostituées et cofonda en 1982, Aspasie, une association de lutte contre la discrimination et l’exclusion des «travailleuses du sexe».
Le souffle vital qui traverse son écriture fait oublier quelques maladresses et la désigne d’emblée comme une véritable écrivaine.
http://www.lmda.net/din/tit_lmda.php?Id=22302
http://fr.wikipedia.org/wiki/Grisélidis_Réal
• Vendredi 23 octobre 2009, 20h : «Passes noires» de Giosuè Calaciura, traduit de l’italien par Lise Chapuis, Folio, 2007. - 150 p
« Nous partîmes la nuit suivante et ce fut le noir. Dans la soute, il y avait ni lueurs ni reflets, que le noir répété mille fois jusqu’à ne plus être un nombre et mille fois le râle de l’asphyxie, la neuvaine du salut, la prière des torturés. Et chacun répétait à l’infini l’histoire apprise par coeur au départ pour tromper la police maritime portuaire, les gardes-frontières et les douaniers… »
Conte des mille et une nuits de brutalité et de solitude, Passes noires donne à voir la déchéance et la détresse des femmes venues au monde pour l’esclavage et l’injustice. Arrachée à son Afrique natale par des négociants de chair fraîche, Fiona échoue dans un port italien où elle rejoint Cendrillon, la Boîteuse, pour vendre son corps dans les obscénités et les humiliations des soldats, étudiants, pères de famille, magistrats, marchands de fritures et prélats qui dévorent les filles à tarif réduit sous l’oeil mort de la sainte patronne de la ville.
Né en 1960 à Palerme, journaliste et écrivain, Josuè Calaciura est aussi l’auteur de Malacarne, roman sur la mafia traduit et publié en 2007 par Les Allusifs.
• Vendredi 29 mai 2009, 20h : "J'habite dans la télévision " de Chloé Delaume (J'ai Lu).
Chloé Delaume a décidé de prendre au mot la fameuse confession d'un directeur de programme de télévision (Ce que nous vendons "c'est du temps de cerveau humain disponible"). Elle s'est mise en condition pour comprendre comment se fabrique cette disponibilité temporelle et cérébrale. Nuit et jour, elle s'étudie elle-même en train de se soumettre à l'afflux de messages publicitaires en ingurgitant le maximum de programmes de divertissement. Le résultat est un roman se présentant sous la forme d' un rapport en 27 pièces, soumis à à l'étude du Ministère de la culture & du divertissement...
"En ce moment vous êtes ici et ça veut dire des choses, des choses très importantes. Que vous êtes vivants par exemple encore vivants, peut être pas pour très longtemps mais un petit peu vivants quand même. Et puis aussi, surtout, qu'à cet instant précis vous ne regardez pas la télévision."
Autour de Chloé Delaume, la bibliothèque Armand Gatti, vous conseille le numéro 100 du Matricule des Anges (février 2009), Transhumances publié aux éditions Ére. Pour avoir accés au site personnel de Chloé Delaume et à la bande-son de "la pièce 17 bis" http://www.chloedelaume.net/
• Vendredi 17 avril 2009, 20h : "Le chant du monde" de Jean Giono (Folio)
"La nuit. Le fleuve roulait à coups d'épaules à travers la forêt, Antonio s'avança jusqu'à la pointe de l'île. D'un côté l'eau profonde, souple comme du poil de chat; de l'autre côté les hennissements du gué. Antonio toucha le chêne; il écouta dans sa main les tremblements de l'arbre. C'était un vieux chêne plus gros qu'un homme de la montagne, mais il était à la belle pointe de l'île des geais, juste dans la venue du courant et, déjà, la moitié de ses racines sortaient de l'eau."
• Vendredi 20 février 2009, 20h : "Mangez-moi" d'Agnès Desarthe (Points/Seuil)
Myriam rêve, comme dans "Alice au pays des merveilles", de retrouver une taille normale qui lui permettrait d'entrer dans la réalité et d'être à la hauteur de ce qu'elle entreprend. Portant un secret trop lourd pour elle, elle essaie de se reconstruire après des années d'errance et décide d'ouvrir un restaurant "petit et pas cher" qu'elle appelle "Chez moi" car, faute de moyens, elle y vit clandestinement. Femme blessée, reniée, elle tente de tirer les fils qui lui permettront de survivre, d'oublier les méandres de sa conscience, de jeter un pont entre le passé et l'avenir. "Chez moi" devient vite le lieu de rendez-vous du quartier. Grands et petits, travailleurs et paumés s'y retrouvent pour un plat du jour, un gâteau au chocolat ou un simple café. En toile de fond, il y a la bibliothèque de Myriam, une trentaine de livres qui l'ont aidée à survivre. Utilisant les ingrédients comme des mots et ses plats comme les phrases qu'elle n'arrive pas à prononcer, Myriam communique à travers les saveurs et les couleurs, suscitant le désir et le plaisir qu'elle s'interdit.
• Vendredi 5 décembre 2008 / 20h : « QUARTETT » d'Heiner Müller, éditions de Minuit
Quartett est une adaptation des Liaisons dangereuses, roman épistolaire de Choderlos de Laclos. Ce texte bref est un extraordinaire épisode de la guerre des sexes, à la fois duel amoureux, combat de grands fauves, joute verbale et jeu de masques d'une ironie et d'une cruauté sans égales. Un face-à-face érotique et rhétorique qui tourne très vite à l'entre-dévoration. Créé en France par Patrice Chéreau, mis en scène aussi par Bob Wilson, le texte a été repris récemment par Jeanne Moreau et Samy Frey.
"Je la croyais éteinte, votre passion pour moi. D’où vient ce soudain retour de flamme. Et d’une passion si juvénile. Trop tard bien sûr. Vous n’enflammerez plus mon coeur. Pas une seconde fois. Jamais plus. Je ne vous dis pas cela sans regret (...)"
• Vendredi 17 octobre 2008 / 20h : « Kafka sur le rivage » de Haruki Murakami, 10/18, 2007. - 640 p
Le récit se structure autour d’une double quête. Celle de Kafka, un adolescent de quinze ans qui, poussé par sa petite voix intérieure qu’il appelle « le garçon nommé corbeau », fugue pour fuir une malédiction paternelle et trouve refuge dans une bibliothèque. Et celle de Nakata, un vieil homme qui prend la route pour répondre à un appel mystérieux.
Victime d’un étrange coma, ce personnage a perdu ses facultés intellectuelles mais gagné le pouvoir de parler aux chats et aux pierres.
La réussite d’un voyage se mesure souvent à la richesse des rencontres. Celui que nous propose Murakami n’échappe pas à cette règle mais l’univers qu’il nous fait découvrir est parsemé d’étrangetés. Il pleut des poissons et des sangsues, les forêts cachent des villages fantômes, les esprits nouent des histoires d’amour charnelles avec les vivants, les chats sont victimes d’un tueur en série. Quant aux humains, d’une sensibilité exacerbée, ils sont très cruels ou très tendres.
Ce récit est une longue métaphore, un conte magique, et c’est un chef d’oeuvre.
• vendredi 6 juin 2008 / 20h : "La théorie des nuages" de Stéphane AUDEGUY (Folio)
Akira Kumo est un couturier japonais. Il collectionne les livres consacrés aux nuages. Pour classer sa bibliothèque, il engage Virginie Latour, une jeune femme, à qui il raconte des histoires de chasseurs de nuages. Celle de Luke Howard qui inventa leurs noms, celle de Richard Abercrombie qui fit le tour du monde pour voir s'ils étaient partout identiques, d'autres encore, aussi surprenantes que le jeu des nuées.
Récit d'une épopée incroyable étirant les digressions à l'infini façon "Mille et une nuits". Premier roman d'une grande maturité, mêlant le faux et le vrai, avec un humour et un sens de la narration qui permettent à l'auteur d'harmoniser à l'intérieur de ce roman les multiples romans possibles : fantaisie scientifique et poétique (les nuages), roman d'aventure (Abercrombie), quête amoureuse ( Virginie Latour), récit d'histoire (la guerre du Pacifique). Roman au titre à priori rébarbatif qui nous transporte là où la science et la sensation, l'intellect et la sensibilité sont en lutte. La théorie des nuages, est, entre ciel et terre, un éloge de la rareté des choses de la vie offertes par l'expérience des hommes.
• vendredi 04 avril 2008 / 20h : "La Musique du hasard" de Paul Auster
(Le Livre de Poche / Babel – Actes Sud)
Jim Nashe a tout plaqué : sa femme, son boulot, ses amis, ses illusions, sa vie. Seul sur les routes des Etats-Unis, « tel un animal affolé », l’ex-pompier roule dans une Saab neuve avec un héritage de 200 000 $. Mais la fortune de Nashe s’épuise tout comme son moral, jusqu’au jour où il rencontre Jack Pozzi, professionnel du poker, qui attend 10 000 $ de mise pour refaire les milliardaires Flower et Stone, deux excentriques qui vont s’avérer inquiétants. Et 10 000 $, c’est justement ce qui reste à Jim Nashe au bout de quelques semaines d’errance. Ensemble ils tentent le gros coup… « Fou de solitude » : cette phrase que scande Nash est la terrible ritournelle de ce très beau roman ni drôle, ni vraiment triste, où Paul Auster interroge les thèmes qui lui sont chers – l’incertitude de l’identité, l’absurdité du hasard et la perte du sens commun.
• vendredi 8 février 2008 / 20h : "La petite Bijou"de Patrick Modiano (Folio)
Paris, années 60 . Un manteau jaune, un visage marqué par une cicatrice entraperçus dans un couloir du métro et voilà une jeune fille entraînée à rebours du temps. Aimantée elle prend sa ligne en sens inverse pour suivre cette femme énigmatique au manteau élimé...Comme d'habitude la plume de Modiano exhale une musique envoûtante et le charme agit.
• vendredi 7 décembre 2007 / 20h : "Budapest" de Chico Buarque (Folio)
José Costa exerce la profession de "nègre". Forcé de s'arrêter dans la capitale hongroise, il voit peu à peu les évènements de sa vie lui échapper. Hilarant tour de force littéraire, ce troisième roman de Chico Buarque conduit le lecteur des plages d'Ipanema aux bords du Danube. Une réflexion originale sur l'identité et la langue.
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